Accueil du site >Histoire du Québec >Dix journées qui ont fait le Québec >5e conférence : L’Assemblée des Six Comtés

5e conférence : L’Assemblée des Six Comtés

Date : 25 septembre 2012 à 19 h 00

Conférencier : Gilles Laporte, historien

Titre de la conférence : Le 23 octobre 1837 — L’Assemblée des Six Comtés : du Parti patriote à la rébellion

Résumé de la conférence :

Née en 1791, la démocratie québécoise est l’une des plus anciennes du monde. Elle ne fut pourtant jamais durablement acquise et les députés canadiens durent constamment ruser afin d’assurer le droit du peuple à se gouverner lui-même. Ressort alors la figure emblématique de Louis-Joseph Papineau qui orchestre, entre 1815 et 1837, une véritable guérilla parlementaire incluant le recours à des pétitions, au boycottage et même à la grève parlementaire. Les adversaires des patriotes avaient en revanche progressivement renoncé à la joute électorale et étaient prêts à en découdre sur le plan militaire. L’Assemblée des six comtés représente donc un point tournant : quand un parti politique entreprend de se muer en machine de guerre, puisque « le temps des discours est passé... c’est du plomb qu’il faut envoyer à nos ennemis. » La rébellion qui suivra sera surtout prétexte à une terrible répression menée par l’armée et l’appareil judiciaire et qui explique par la suite un siècle de cléricalisme et de démission des élites.

Enregistrement de la conférence :

- Télécharger la bande audio de l’enregistrement

Texte de la conférence :

La cinquième journée qui a fait le Québec peut se résumer à une grosse assemblée politique en plein-air. Des militants venus par milliers de tout le sud du Québec débattre de liberté et d’indépendance. Le 23 octobre 1837 est bien l’une de ces journées lumineuses dans notre histoire, apothéose du mouvement patriote : jamais, avec une telle unanimité, autant de Québécois ne s’étaient réunis pour défendre des principes aussi élevés qui concernent les droits humains et ceux d’un peuple à disposer de lui-même.

N’empêche, on est quand même dehors, à la fin octobre, pour deux journées entières de discours, sans amplification, 5 000 personnes massées autour d’une estrade. Le public n’a rien du entendre du tout et tout ce qu’il a aperçu du grand Papineau doit se limiter à une lointaine pantomime. Ne serait que pour cette raison, on doit donc regarder avec prudence tous les propos qui nous ont été rapportés sur cette fameuse journée. Cette mise au point rappelle aussi que l’assemblée des Six Comtés s’est tout de même conclue sur un profond dilemme, sur un « mal-entendu » oserions-nous dire, si bien que le patriotes entreront divisés dans l’insurrection de 1837.

Lire la suite...

Notes biographiques :

Historien spécialiste de l’histoire du XIXe siècle québécois, Gilles Laporte enseigne l’histoire du Québec au cégep du Vieux Montréal et à l’UQÀM, où il dispense le seul cours au Canada consacré aux rébellions et aux patriotes de 1837-1838. Auteur de nombreux articles ainsi que des ouvrages : Patriotes et Loyaux, mobilisation politique et leadership régional à la veille des Rébellions de 1837-1838 (Septentrion, 2004), Fondements historiques du Québec (Chenelière, 2008) et Molson et le Québec (Michel Brûlé, 2009). Il est aussi administrateur du plus vaste site web consacré à ces rébellions, qui permet notamment de retracer le rôle de 34 000 individus impliqués dans la lutte patriote. Il est enfin l’un des artisans de la Journée nationale des patriotes qui commémore depuis dix ans la lutte de ces derniers pour la démocratie et la reconnaissance nationale. En 2010, la Société Saint-Jean-Baptiste lui conférait le titre de Patriote de l’année pour sa contribution à la défense et la promotion de l’histoire du Québec. Il est également porte-parole de la Maison nationale des patriotes à Saint-Denis-sur-Richelieu depuis 2011.

« Maître chez soi ! Grand mot qu’on ose enfin prononcer. Encore faut-il bien se rendre compte de ce qu’il sous-entend. [...] Ce serait, si je ne me trompe, être maître de sa politique, j’entends de son gouvernement, de son parlement, de sa législation, de ses relations avec l’étranger, ne pas subir, en ce domaine, de tutelle indue ; cela veut dire encore, être maître, dans la mesure du possible, à l’heure contemporaine, de sa vie économique et sociale, exploiter pour soi et non pour les autres, ses ressources naturelles, toutes ses ressources naturelles, posséder les moyens de financer son administration, ses institutions d’enseignement, de bien-être social ; ces moyens, ne pas être obligé d’aller les mendier chez qui que ce soit. Cela veut dire aussi, pour une nation trop longtemps colonisée, un ressourcement aux fontaines vives de sa culture... »
Lionel Groulx, 7 juin 1964.
SPIP | | Plan du site | Crédits | Suivre la vie du site RSS 2.0