Allocution de Claude La Charité, président du jury, 23 octobre 2019

Monsieur le Président,
Monsieur le Directeur général,
Mesdames, Messieurs,

J’ai eu le plaisir de présider cette année encore le jury du Prix Jean-Éthier-Blais et je tiens à remercier M. Jacques Girard, président de la Fondation Lionel-Groulx, M. Pierre Graveline, directeur général, ainsi que son adjoint, M. Étienne Lafrance, qui nous ont apporté cette fois encore leur précieux concours qui a assuré la bonne marche de nos travaux.

En tant que diplômé de l’Université McGill et ancien étudiant du département où Jean-Éthier Blais a enseigné et dont il a été le directeur, je voudrais d’abord citer l’ouverture d’une communication intitulée « Littérature des origines et origine de notre littérature » que ce dernier avait présenté dans un séminaire sur les rapports entre histoire et littérature dans le Québec des XIXe et XXe siècles. Comme vous le constaterez, cette citation fait singulièrement écho au livre que le jury a décidé de récompenser cette année : « Les origines de notre littérature ne sont pas légendaires. Elles recouvrent le dix-neuvième siècle. Avant Garneau et Crémazie, il y avait eu des œuvres dont on peut dresser le catalogue raisonné, qui constituent aujourd’hui une Urliteratur à l’usage des lettrés. »

Deux de mes collègues ont accepté de faire partie de ce jury, Katerine Gosselin et Marc André Bernier, et je tiens à leur exprimer ma reconnaissance.

Katerine Gosselin est professeure de littérature moderne et contemporaine à l’Université du Québec à Rimouski. Membre de l’équipe Travaux sur les arts du roman (TSAR), elle est spécialiste de Marcel Proust et Claude Simon, du Nouveau Roman et plus généralement des relations entre les textes et de leurs reconfigurations à l’époque contemporaine.

Marc André Bernier, pour sa part, est professeur à l’Université du Québec à Trois-Rivières et membre de la Société royale du Canada. Il a été président de la Société internationale d’étude du dix-huitième siècle de 2011 à 2015. Ses travaux portent notamment sur les rapports entre littérature et histoire des idées au siècle des Lumières et dans le XIXe siècle québécois.

Une vingtaine d’ouvrages ont été soumis cette année à la Fondation, que les membres du jury ont lus, avant d’en délibérer et de parvenir à la décision unanime d’attribuer le prix Jean-Éthier-Blais 2019 au livre de Marie-Frédérique Desbiens, Le premier romantisme au Canada. Entre engagement littéraire et politique, publié aux Éditions Nota bene en 2018.

Cette étude appelée à faire date propose une relecture du romantisme dans la littérature québécoise du XIXe siècle, dans un dialogue fécond avec le romantisme d’autres nations alors périphériques ou en voie de constitution politique comme la Pologne, l’Irlande, l’Allemagne ou l’Italie. 

Ce faisant, l’autrice montre que, contrairement à l’idée reçue, le romantisme n’a pas attendu l’École patriotique de Québec dans les années 1860 pour se manifester et qu’il était déjà bien représenté dans les deux générations qui ont précédé, celle des Patriotes et celle des Rouges.

Le point de vue très large sur le romantisme, considéré dans sa double dimension esthétique et politique, permet à la lauréate de renouveler en profondeur l’histoire littéraire de la période et de dépasser les idées reçues sur le XIXe siècle québécois, en pratiquant une forme d’histoire littéraire « connectée » ou « mondialisée » et en replaçant le Québec de l’époque dans sa juste perspective occidentale, plutôt que dans une comparaison exclusive avec la France.

Le jury tient par ailleurs à décerner une mention spéciale au livre de Vincent Lambert (L’âge de l’irréalité. Solitude et empaysagement au Canada français 1860-1930, Éditions Nota bene, 2018) et à l’essai d’Emmanuelle Tremblay (L’invention de l’appartenance. La littérature québécoise en mal d’autochtonie, Presses de l’Université de Montréal, 2018).

L’ouvrage de Vincent Lambert se distingue, de l’avis des membres du jury, par la lecture renouvelée qu’il propose de la poésie québécoise de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, dont il fait voir l’actualité ou la contemporanéité tout en lui donnant une place privilégiée dans l’histoire littéraire.

Quant à l’ouvrage d’Emmanuelle Tremblay, il s’est lui aussi attiré favorablement l’attention des membres du jury, notamment en raison de la qualité de son style et de la hauteur de vue dont témoigne l’approche anthropologique qu’il adopte.

Espérons que la littérature québécoise d’avant Garneau et Crémazie, celle que Jean-Éthier Blais appelait, par un savant germanisme Urliteratur, c’est-à-dire littérature des origines, dépasse le cercle restreint des lettrés et fasse désormais partie du patrimoine littéraire commun des Québécois, grâce à l’essai Le premier romantisme au Canada. Entre engagement littéraire et politique.

Au nom du jury et de la Fondation Lionel-Groulx, je tiens à féliciter chaleureusement la lauréate du prix Jean-Éthier-Blais 2019, Mme Marie-Frédérique Desbiens.

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