Allocution de Claude La Charité, président du jury, 25 octobre 2018

Monsieur le Président,
Monsieur le Directeur général,
Mesdames, Messieurs,

Je tiens d’abord à remercier M. Jacques Girard, président de la Fondation Lionel-Groulx, de nous accueillir dans les murs de cette vénérable institution. Je voudrais également exprimer ma reconnaissance à M. Pierre Graveline, directeur général de la Fondation, ainsi qu’à son adjoint, M. Étienne Lafrance, qui, par leurs conseils et leur soutien, ont facilité le travail du jury du prix Jean-Éthier-Blais.

J’ai accepté avec enthousiasme de présider ce jury cette année par fidélité à la mémoire de Jean-Éthier Blais, disparu au moment même où je commençais mes études en lettres à l’Université McGill dans le département où il avait enseigné et qu’il avait dirigé.

Son œuvre comme écrivain, critique et universitaire me semble toujours inspirante et résister aux effets de mode passagers. Dans un département comme le mien à l’Université du Québec à Rimouski où la création littéraire occupe une place de choix, j’aime relire et faire lire ce qu’il écrivait dans Signets en 1967 : « Il est bon qu’un jeune écrivain commence sa carrière dans les lettres par l’imitation des aînés. » Du reste, je garde un souvenir ému de la lecture de son recueil de nouvelles, Le Christ de Brioude, publié en 1990.

J’ai assumé la présidence de ce jury avec plaisir et ce plaisir, je le dois à mes collègues qui ont bien voulu prendre part à cette aventure, Mme Josée Vincent et M. François Ouellet.

Josée Vincent est professeure titulaire au Département des lettres et communications à l’Université de Sherbrooke et spécialiste de la sociologie de la littérature, de l’édition littéraire et de l’histoire du livre. Elle est notamment l’auteure des Tribulations du livre québécois en France (1959-1985), publié chez Nota bene en 1997.

Quant à François Ouellet, il est professeur titulaire de littérature française et québécoise à l’Université du Québec à Chicoutimi, où il a été le titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le roman moderne de 2005 à 2015. Son plus récent ouvrage La littérature précaire. De Pierre Bost à Pierre Herbart a été publié en 2016 aux Éditions universitaires de Dijon.

Il me faut souligner le professionnalisme, l’intégrité et le caractère systématique avec lesquels les membres du jury ont pris connaissance de la dizaine d’ouvrages soumis à la Fondation, avant d’en délibérer et de parvenir à la décision unanime d’attribuer le prix Jean-Éthier-Blais 2018 au livre de Manon Auger, Les journaux intimes et personnels au Québec. Poétique d’un genre littéraire incertain, publié aux Presses de l’Université de Montréal, dans la collection « Nouvelles études québécoises », en 2017.

Il s’agit d’une étude pionnière qui éclaire un corpus négligé et méconnu, les journaux intimes et personnels sur une longue période de l’histoire littéraire du Québec, depuis les journaux d’Henriette Dessaulles et de Lactance Papineau au XIXe siècle jusqu’à ceux d’écrivains contemporains comme Jean-Louis Major ou André Major.

En déconstruisant les a priori négatifs à propos du journal qui, d’après ses détracteurs, serait un genre informe et étranger à la littérature, Manon Auger montre qu’en fait il s’agit d’un genre littéraire à part entière. Ce faisant, elle oblige à repenser la littérarité en général et la littérature québécoise en particulier comme un continuum dont ces journaux constitueraient l’une des frontières.

La rigueur de la méthode, la clarté du style tout comme la finesse d’analyse font de ce livre une référence précieuse qui deviendra incontournable dans un contexte et une époque où l’intérêt pour les littératures du moi (autobiographie, autofiction, etc.) comme pratiques et comme objets d’étude reste très marqué. La typologie définie par l’auteure est du reste susceptible d’éclairer d’autres textes par-delà le corpus étudié.

On me permettra de citer un passage de la conclusion en guise d’invitation à la lecture :

« C’est donc le pari de constituer le journal en tant que genre pleinement littéraire que j’ai voulu tenir ici. Dans mes partis pris critiques, il faut aussi voir ma passion et mon intérêt pour le genre diaristique, trop souvent malmené. Didier affirme d’ailleurs que ‘pour aimer les journaux intimes, il faut être curieux de l’écrivain en train de se faire’ – et surtout pas, ajouterais-je, curieux de l’intimité des autres, comme le veut le préjugé populaire. Car ce n’est pas tant une attention à soi qui, en règle générale, porte les œuvres diaristiques, qu’une attention aux mots, à l’instant, au présent de l’écriture et aux difficultés mêmes d’une transposition écrite de soi, du monde et des événements, toutes choses qui, si elles ne se font pas sans maladresses, n’en constituent pas moins une richesse extraordinaire sur le plan littéraire. » (p. 330)

En mon nom personnel et au nom des membres du jury, j’offre mes félicitations les plus chaleureuses à la lauréate du prix Jean-Éthier-Blais 2018, Mme Manon Auger.

Nous joindre :

261, avenue Bloomfield
Outremont (Québec) H2V 3R6
Téléphone : 514 271-4759
Courriel : Cliquez ici

Nous suivre :

Actualité de l'histoire

Ressources éducatives libres

Le métro, véhicule de notre histoire

Figures marquantes de notre histoire

Dix journées qui ont fait le Québec