Allocution de Jacinthe Martel, présidente du jury, 24 octobre 2017

Je veux d’abord remercier M. Jaques Girard, président de la Fondation Lionel-Groulx, M. Pierre Graveline, directeur général de la Fondation, ainsi que son adjoint, M. Étienne Lafrance. C’est avec grand plaisir que, pour la 2e fois, j’ai accepté le mandat de constituer et de présider le jury du prix Jean-Éthier-Blais. Je tiens également à remercier mes collègues qui, en leur qualité de spécialistes de la littérature québécoise, ont accepté de faire partie du jury et de lire, avec beaucoup de minutie, chacun des ouvrages qui nous ont été proposés. Il s’agit de Marilyn Randall, professeure émérite du Département d’études françaises de l’Université Western Ontario, et de Nathalie Watteyne, professeure titulaire au Département des lettres et communications de l’Université de Sherbrooke. Nos travaux et nos échanges ont été placés sous le signe de la rigueur et de l’intégrité ; je tenais à le souligner. Malheureusement, Marilyn et Nathalie n’ont pas pu se joindre à nous ce soir, mais c’est en leur nom que je tiens à féliciter les deux récipiendaires du prix Jean-Éthier-Blais : Alex Gagnon et Frédéric Rondeau. Le jury a donc retenu deux ouvrages publiés aux Presses de l’Université de Montréal : La communauté du dehors. Imaginaire social et crimes célèbres au Québec (XIXe-XXe siècles), d’Alex Gagnon, et Le manque en partage. La poésie de Michel Beaulieu et Gilbert Langevin, de Frédéric Rondeau.

Conformément aux vœux de son créateur, le professeur, critique et écrivain Jean Éthier-Blais, ce prix est remis chaque année « à l’auteur du meilleur livre de critique littéraire » écrit en français, « paru au Québec pendant l’année », et qui porte, toujours selon ses vœux, sur « la littérature canadienne-française ». Pour Jean Éthier-Blais, la critique littéraire est entendue au sens large puisqu’elle inclut, outre des études et des essais proprement dits, des éditions critiques ainsi que des biographies. L’œuvre primée doit en outre porter sur un écrivain, une œuvre ou un courant littéraire. Une dizaine d’ouvrages, portant sur des époques et des objets extrêmement variés, ont ainsi été soumis par les éditeurs à la Fondation et au jury.

D’une qualité remarquable, les deux ouvrages qui ont été retenus illustrent la diversité des objets et des approches qui définissent aujourd’hui la critique littéraire ; ils constituent par ailleurs de réelles contributions à la connaissance de la littérature québécoise. La nature, la justesse et la portée des travaux réalisés par Alex Gagnon et Frédéric Rondeau nous ont donc convaincues de leur décerner, ex aquo, le prix Jean-Éthier-Blais 2017. S’il est impossible de rendre compte de la très grande qualité de ces ouvrages en quelques minutes, le jury a quand même tenu à souligner, même rapidement, quelques-unes des caractéristiques qui en expliquent l’importance.

Dans La communauté du dehors, Alex Gagnon prend comme point de départ trois grandes affaires criminelles partageant « la même aire géographique et la même période historique » qui ont généré, comme il le démontre avec rigueur et finesse, une « considérable littérature d’imagination ». L’originalité et l’envergure de l’ouvrage d’Alex Gagnon, qui fait une large place à l’histoire culturelle, repose notamment sur un corpus imposant et varié ainsi que sur la justesse de ses lectures. Divers types de récits, de nombreux articles de presse ou encore des pièces de correspondances et d’archives, souvent inconnues, permettent en effet à Alex Gagnon d’appréhender « le processus de formation et de transformation » de l’imaginaire social. Érudite, son approche allie « perspective historique » et analyse littéraire selon un « horizon anthropologique ».

Frédéric Rondeau réussit avec brio à concilier l’histoire et l’analyse littéraires dans Le manque en partage. Il propose des lectures inédites, solidement documentées et rigoureusement menées des œuvres de Michel Beaulieu et de Gilbert Langevin, qu’il aborde à partir de la « notion souple » de contemporanéité. En situant les œuvres de Beaulieu et de Langevin dans leur contexte biographique, socio-culturel, politique et littéraire, Frédéric Rondeau réalise des analyses fouillées de textes publiés et de certains inédits qui n’avaient jusqu’alors fait l’objet d’aucune étude aussi approfondie. Chez les deux poètes, constate Frédéric Rondeau, la « conviction d’appartenir à une communauté est ébranlée ». À travers ce prisme, sa « lecture globale » des œuvres permet de mettre au jour un « même manque en partage ».

Au nom des membres du jury, je tiens encore une fois à féliciter Alex Gagnon et Frédéric Rondeau.

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