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Enseignement de l’histoire au secondaire - Il faut changer le programme, pas le rapiécer

lundi 27 mai 2013

La SPHQ favorise une approche chronologique sur deux ans avec une césure à la fin de la 3e secondaire.

Au départ, il convient de faire un bref retour sur l’origine du débat entourant l’enseignement de l’histoire nationale au Québec. En avril 2006, dans la foulée du renouveau pédagogique orienté sur le développement de compétences et touchant plusieurs disciplines, le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) proposait un programme d’histoire nationale du Québec réparti sur deux ans nommé Histoire et éducation à la citoyenneté au deuxième cycle du secondaire. La première mouture du programme a fait rapidement réagir plusieurs historiens et enseignants par son approche pour le moins tendancieuse de certains aspects de l’histoire du Québec. Ainsi, à titre d’exemple, la Conquête britannique était abordée comme un simple changement de régime politique permettant la mise en place du parlementarisme britannique. Face à une réprobation presque générale, le MELS revoyait cette réalité sociale pour mieux tenir compte de l’historiographie.

Conscient de cette situation, le gouvernement du Parti québécois, élu en 2012, s’est engagé par la voix de la nouvelle ministre de l’Éducation, madame Marie Malavoy, à revoir ce programme. La Société des professeurs d’histoire du Québec (SPHQ), qui représente plusieurs centaines d’enseignantes et enseignants d’histoire, partage cette volonté de revoir ce programme et nous le demandons depuis 2006-2007. Cependant, il y a lieu d’être prudent afin d’éviter de simplement rapiécer le programme. Il faut entre autres revoir les angles d’entrées en priorisant la trame historique. Par ailleurs, depuis 2009, la SPHQ est membre fondatrice de la Coalition pour l’histoire, un regroupement de plusieurs associations et de centaines, voire de milliers de personnes ayant profondément à cœur l’histoire nationale du Québec et son apprentissage, tous ordres d’enseignement confondus. Durant ces quatre années, il nous est toujours apparu clair que la SPHQ et certains de ses membres mandatés par elle sont des acteurs incontournables pour proposer, évaluer et critiquer d’éventuels changements du programme du secondaire dans ce cadre coalisé. La Coalition a de façon unanime voté une résolution le 2 avril dernier qui va dans ce sens.

Voyons maintenant quelques constats et propositions de la SPHQ dans l’optique d’une telle réforme du programme en histoire nationale. D’abord, force est de constater l’échec sur le terrain de l’enseignement de l’approche chronologique en 3e secondaire, suivie de l’approche thématique en 4e secondaire. D’une part, c’est bien mal connaître la psychologie des adolescents que de penser garder leur intérêt pour une matière déjà abordée l’année précédente et, d’autre part, il apparaît difficile de couvrir les notions de l’histoire du Québec en une seule année scolaire avec des élèves plus jeunes que dans l’ancien programme. Il faut donc favoriser une approche chronologique sur deux ans avec une césure, idéalement en 1840 (Acte d’Union), à la fin de la 3e année du secondaire.

Aussi, il faudra fort probablement soustraire la compétence relative à l’éducation à la citoyenneté en enseignement de l’histoire du Québec-Canada. Nous continuons de penser que l’association de l’histoire et de l’éducation à la citoyenneté n’a pas à évacuer les questions historiques nationale et politique et qu’il pourrait s’agir d’un très bel outil pour les approfondir, en théorie… Dans la pratique, ce que l’on a voulu faire dès le début d’une telle association pour ce programme, incluant les définitions et les critères d’évaluation ministériels depuis, va dans le sens le plus contraire possible, nous semble-t-il. Dans ce contexte, pourquoi ne pas tout simplement soustraire la troisième compétence disciplinaire relative à cette éducation à la citoyenneté faisant à l’évidence partie du problème et rebaptiser le nouveau programme Histoire nationale du Québec-Canada ? L’abandon, après de vaines tentatives, de l’évaluation de cette compétence par le MELS lors de l’épreuve unique et annuelle de juin, ne fait que confirmer notre sentiment. L’histoire et l’éducation à la citoyenneté pourraient par ailleurs continuer à être associées explicitement en histoire générale, au premier cycle du secondaire. Cela permettrait aux spécialistes de continuer d’en étudier les partis pris et les possibles bienfaits.

Notre passion pour l’histoire du Québec et son enseignement nous porte à croire qu’il faut mettre davantage l’accent sur les contenus historiques afin que les élèves développent une meilleure connaissance de l’histoire du Québec, des grandes étapes de son évolution, des causes et des conséquences des évènements qui ont marqué son parcours sur les plans politique, social, économique et culturel. Puisque l’histoire se situe dans le temps et dans l’espace, il conviendrait de mieux aborder ce dernier aspect. En effet, les élèves devraient maîtriser davantage les bases de la géographie physique de l’Amérique du Nord afin de mieux comprendre l’influence déterminante qu’elle a eue, et a toujours, sur l’occupation du territoire.

L’histoire du Québec et du Canada s’inscrit dans une histoire plus globale et de ce fait aurait avantage à être plus souvent mise en contexte avec des pays qui sont liés à son évolution. Ainsi, les histoires de France, d’Angleterre et des États-Unis devraient constituer des « ailleurs » plus pertinents pour comprendre l’histoire du Québec. Il faut éviter, comme c’est le cas actuellement, de multiplier des « ailleurs » abordés de façon superficielle. Et tout cela peut et doit se faire avec des approches didactiques modernes. En conclusion, nous croyons que le moment est venu de revoir le programme d’histoire du Québec et du Canada à la lumière de ces constats. À quand des annonces à ce sujet ?

Raymond Bédard - Président de la SPHQ, enseignant en histoire
Félix Bouvier - Vice-président de la SPHQ, didacticien et historien, UQTR

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« Maître chez soi ! Grand mot qu’on ose enfin prononcer. Encore faut-il bien se rendre compte de ce qu’il sous-entend. [...] Ce serait, si je ne me trompe, être maître de sa politique, j’entends de son gouvernement, de son parlement, de sa législation, de ses relations avec l’étranger, ne pas subir, en ce domaine, de tutelle indue ; cela veut dire encore, être maître, dans la mesure du possible, à l’heure contemporaine, de sa vie économique et sociale, exploiter pour soi et non pour les autres, ses ressources naturelles, toutes ses ressources naturelles, posséder les moyens de financer son administration, ses institutions d’enseignement, de bien-être social ; ces moyens, ne pas être obligé d’aller les mendier chez qui que ce soit. Cela veut dire aussi, pour une nation trop longtemps colonisée, un ressourcement aux fontaines vives de sa culture... »
Lionel Groulx, 7 juin 1964.
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