Hommage à Hélène Pelletier-Baillargeon

Jeudi 24 septembre 2015

Chère Hélène Pelletier-Baillargeon, « femme du monde »…

Nous sommes au tout début des années soixante, en plein cœur de la Révolution tranquille…

Vous êtes alors professeure de français dans un bon collège de « jeunes filles rangées »…

Vous êtes très bien formée… Vous détenez une maîtrise en littérature française de l’Université de Montréal (consacrée au poète Francis Jammes) et vous avez soutenu une thèse sur le grand François Mauriac à l’École pratique des hautes études et à la Sorbonne de Paris.

On commence à vous lire à la revue Maintenant, alors animée par les Dominicains … Quelques mois plus tôt, vous et votre mari, le docteur Jacques Baillargeon ici présent, avez fait paraître un petit ouvrage aux éditions du jour intitulé La Régulation des naissances. Précis de la méthode sympto-thermique… Vous plaidez alors « pour une régulation chrétienne des naissances », le titre de l’un des textes que vous faites paraître dans les pages de la revue Maintenant de cette époque…

Curieuse de savoir comment vos jeunes élèves perçoivent leur avenir, vous leur demander de disserter sur le thème suivant : « La femme que vous rêvez d’être dans 10 ans »…

Les réponses de vos élèves vous déconcertent… Vous rendez compte de ces résultats dans l’édition de janvier 1964 de la revue Maintenant… La plupart, constatez-vous, non sans dépit, rêvent de mondanités, de buffets-dansants et de voyage au bras d’un mari fortuné… C’est l’époque où vous découvrez Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir… Vous écrivez : « Le bilan de la carrière éventuelle de mes élèves me rapprochait de [Simone de Beauvoir] dans une colère commune et fraternelle. Décidément, ces futures entretenues légalisées, ces parasites sociaux ne méritaient pas leur pain quotidien : j’en devenais marxiste ! »…

Et vous poursuivez sur votre lancée :

« La femme mondaine d’autrefois doit devenir une femme du monde : celle qui a des « yeux pour voir et des oreilles pour entendre », celle qui sait écouter et se faire « levain de la pâte ». Cette présence totale au monde où elle vit s’atteint par l’esprit et par le cœur (…) La femme moderne a mieux à faire aujourd’hui que d’enfiler des perles. Elles a les journaux à lire, le pouls fiévreux du monde à prendre, telle détresse ou telle solitude qui l’appelle »…

La suite de votre parcours montre que vous avez incarné, pour bien des femmes de votre génération, et pour des plus jeunes, cette « femme du monde » dont vous esquissiez avec beaucoup de style le portrait alors que vous veniez tout juste de dépasser le cap des trente ans…

Directrice de la revue Maintenant, journaliste, conseillère politique du bon docteur Camille Laurin, vous avez lu, écrit, défendu vos convictions dans de nombreux magazines, journaux et périodiques. Chevalière de l’Ordre national du Québec, vous vous êtes engagés pour le Québec de multiples façons… (Conseil supérieur de l’éducation, Musée des beaux-arts de Montréal).

La Fondation Lionel-Groulx a pu compter sur votre engagement depuis 1987… En effet, vous avez été membre de notre conseil d’administration pendant 28 ans… Vingt-huit ans… ! Ces dernières années, vous avez été la mémoire de notre institution. Vos jugements et vos bons conseils nous ont permis d’assurer une continuité harmonieuse.

Cette fidélité à la Fondation Lionel-Groulx, pour laquelle nous tenons ce soir à vous rendre hommage, vous saurez mieux l’expliquer que moi…
Je devine qu’elle tient à votre vocation d’historienne… On vous doit d’importantes biographies de Marie Gérin-Lajoie, grande pionnière du mouvement des femmes au Québec, et d’Olivar Asselin, journaliste de combat et fier nationaliste, auquel vous avez consacré trois tomes et de nombreuses années de votre vie. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur ces trois tomes dans lesquels vous avez atteint à mon avis un sommet dans le genre biographique… Un sommet tant par la recherche, approfondie, riche d’informations et d’anecdotes que par le style somptueux de votre écriture… Le premier chapitre du troisième tome de ce grand livre, dans lequel vous décrivez le Montréal de 1919, est rien d’autre que magistral… (Si j’avais plus de temps, je vous en lirais des extraits pour vous convaincre)…

Cette fidélité à la fondation Lionel-Groulx, elle tient probablement aussi à votre sens de la continuité historique… À cette nécessité d’enraciner la vie de l’esprit dans une expérience historique particulière… Dès vos débuts dans la revue Maintenant, cette propension à la table rase de ces « retours d’Europe » qui voulaient tout recommencer à zéro… (« Notre maître dépassé ? », Maintenant, mars 1965, p. 112)

Chère Hélène Pelletier-Baillargeon, chère « femme du monde », il nous reste à vous remercier pour cette constance et ce dévouement dont nous avons tous pu bénéficier…

Éric Bédard, vice-président du Conseil

Nous joindre :

261, avenue Bloomfield
Outremont (Québec) H2V 3R6
Téléphone : 514 271-4759
Courriel : Cliquez ici

Nous suivre :

Actualité de l'histoire

50e de la visite de Charles de Gaulle

Le métro, véhicule de notre histoire

Figures marquantes de notre histoire

Dix journées qui ont fait le Québec