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Revalorisation de l’enseignement de l’histoire du Québec - Une action légitime, nécessaire et urgente

lundi 11 mars 2013

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L’incendie du Parlement à Montréal, vers 1849. Huile sur bois, M11588, © Musée McCord.

Composée de nombreuses associations œuvrant dans divers domaines, la Coalition pour l’histoire n’est pas un « clan », mais un regroupement sans affiliation politique d’hommes et de femmes soucieux du bien commun, qui croient à l’importance pour les jeunes Québécois d’avoir accès à un enseignement de l’histoire de qualité, particulièrement de l’histoire du Québec.

Les dizaines de milliers de Québécoises et de Québécois et les centaines de professeurs d’histoire qui sont membres de nos associations ne sont pas des comploteurs qui veulent « endoctriner les jeunes » au service d’une cause politique. Pas plus que les 6 300 signataires d’une pétition déposée à l’Assemblée nationale du Québec en février 2012 demandant au gouvernement de revaloriser l’enseignement de l’histoire du Québec. Pas plus que les 52 % de Québécois (59 % des francophones) qui, selon un sondage réalisé par Léger Marketing en mars 2012, se disent insatisfaits de l’enseignement de l’histoire du Québec dans le réseau scolaire. Pas plus que les 50 personnalités, dont Claude Béland, Lucien Bouchard, Fernand Daoust, Rock Demers, René Derouin, Richard Desjardins, Joseph Facal, Denise Filiatrault, Micheline Lachance, Jean-Paul L’Allier, Bernard Landry, Alexis Martin, Jacques Parizeau, Pierre Karl Péladeau, Hélène Pelletier-Baillargeon, Yann Perreau, Denise Robert et Julie Snyder, qui ont lancé un appel public en ce sens en mai dernier.

Une préoccupation légitime

L’exigence touchant la revalorisation de l’enseignement de l’histoire, particulièrement de l’histoire du Québec, dans notre système d’éducation, ne tombe pas du ciel. Elle repose sur trois études rigoureuses, menées par la Coalition pour l’histoire entre 2010 et 2012, qui démontrent que cet enseignement souffre indéniablement de graves lacunes : insuffisance de la formation des futurs enseignants d’histoire au secondaire, effacement des événements majeurs et des figures marquantes de notre histoire nationale dans les programmes (de l’avis même de 63 % des enseignants d’histoire au secondaire), quasi-disparition de l’offre de cours en histoire du Québec au niveau collégial (moins de 5 % des étudiants suivent un cours d’histoire du Québec), histoire politique du Québec de plus en plus négligée dans l’enseignement et la recherche universitaire.

Au vu de cette réalité, n’est-il pas légitime de s’inquiéter quand on croit que l’enseignement de l’histoire, de l’histoire culturelle, économique et sociale, bien sûr, mais aussi et tout autant de l’histoire politique, est une condition de la vitalité démocratique d’une nation ? Il n’y a pas de honte à enseigner l’histoire de sa nation. Bien sûr de façon non partisane. Bien entendu en exposant les diverses interprétations. Évidemment en développant la pensée critique chez les jeunes.

Sans connaissance adéquate de notre histoire nationale, de notre héritage collectif, comment les jeunes générations peuvent-elles exercer en toute connaissance de cause leurs droits et devoirs de citoyens ? Comment les enfants des nouveaux arrivants peuvent-ils s’intégrer pleinement à leur société d’accueil ?

Une action nécessaire et urgente

Dans son programme adopté à son congrès de 2011, le Parti québécois a repris à son compte les principales propositions de la Coalition pour l’histoire. Nous aurions souhaité que tous les partis en fassent autant. La première ministre, Mme Pauline Marois, s’est engagée publiquement, avant, pendant et après la dernière campagne électorale, à agir pour revaloriser l’enseignement de l’histoire du Québec dans nos écoles, cégeps et universités. Six mois après son élection, n’est-il pas temps que le nouveau gouvernement, manifestant une volonté et un courage politiques assumés, pose des gestes concrets pour atteindre cet objectif dans les meilleurs délais ?

S’agissant du programme au secondaire, il faut réparer le gâchis du programme de 2006 qui avait été énormément critiqué.

Critiqué pour sa structure : rappelons que pour un même contenu, le cours de 3e secondaire est chronologique alors que celui de 4e secondaire est thématique, ce qui donne lieu à de nombreuses redites et répétitions dont se plaignent les enseignants et les élèves. Nous croyons qu’il faudrait rétablir la structure chronologique et ainsi approfondir les contenus.

Critiqué aussi pour son contenu, qualifié par plusieurs d’« histoire javellisée » : des événements aussi fondamentaux que la fondation de la Nouvelle-France, la Conquête, les Rébellions, les conscriptions, la Révolution tranquille, les référendums sur l’avenir politique du Québec étaient soit minimisés, soit dépouillés de leur sens politique.

Nous comprenons tout à fait qu’une réforme du programme d’histoire au secondaire ne peut être concoctée sur un coin de table ou en catimini. C’est un dossier sensible, qui nécessite de larges consultations. Mais les objectifs du présent gouvernement doivent être clairs et précis. S’il souhaite que les grands événements de notre histoire politique soient mieux enseignés, le gouvernement doit agir en conséquence. Confier ce mandat à ceux qui ont été à l’origine du fiasco de 2006 ne nous mènera nulle part. La ministre ne doit pas perdre la maîtrise du processus, garder le cap sur les engagements de son parti et répondre ainsi aux attentes de la population.

***

Éric Bédard, historien et professeur (TELUQ)
Robert Comeau, historien et porte-parole de la Coalition pour l’histoire
Pierre Graveline, directeur général de la Fondation Lionel-Groulx
Gilles Laporte, historien et président du Mouvement national des Québécoises et Québécois


- Je ne me souviens plus. L’état désastreux de l’enseignement de l’histoire nationale dans le réseau collégial public du Québec, nov. 2010.
- L’histoire nationale négligée. Enseignement et recherche universitaires au Québec, sept. 2011.
- Une histoire javellisée au service du présent. Enquête auprès des enseignants d’histoire au secondaire, fév. 2012.
- L’enseignement de l’histoire du Québec. Rapport d’étude de Léger Marketing, mars 2012.
- Pour un meilleur enseignement de l’histoire du Québec dans notre réseau scolaire. Appel de 50 personnalités québécoises, mai 2012.

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« Maître chez soi ! Grand mot qu’on ose enfin prononcer. Encore faut-il bien se rendre compte de ce qu’il sous-entend. [...] Ce serait, si je ne me trompe, être maître de sa politique, j’entends de son gouvernement, de son parlement, de sa législation, de ses relations avec l’étranger, ne pas subir, en ce domaine, de tutelle indue ; cela veut dire encore, être maître, dans la mesure du possible, à l’heure contemporaine, de sa vie économique et sociale, exploiter pour soi et non pour les autres, ses ressources naturelles, toutes ses ressources naturelles, posséder les moyens de financer son administration, ses institutions d’enseignement, de bien-être social ; ces moyens, ne pas être obligé d’aller les mendier chez qui que ce soit. Cela veut dire aussi, pour une nation trop longtemps colonisée, un ressourcement aux fontaines vives de sa culture... »
Lionel Groulx, 7 juin 1964.
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