Emma Albani (1847-1930)

Myriam Wojcik
Novembre 2019

Peu d’artistes québécois ont connu une carrière aussi remarquable qu’Emma Albani. Pourtant, on a qu’à effectuer un sondage éclair autour de nous pour réaliser à quel point cette figure marquante de notre histoire est en grande partie oubliée aujourd’hui. Née à Chambly, en 1847 [1], à une époque où une carrière artistique n’était pas vraiment envisageable pour une femme, où il n’existait pas encore de conservatoire de musique au Québec et où les artistes ne bénéficiaient pas de l’apport futur des technologies d’enregistrement pour diffuser leur talent, le destin d’Emma Albani s’avère exceptionnel.

Qui aurait pu croire à l’époque que la jeune Emma Lajeunesse, issue d’un milieu des plus modestes, ayant grandi dans un village essentiellement agricole de près de 700 habitants, allait connaître la gloire à Londres, Paris, Berlin, Saint-Pétersbourg et New York, rencontrer les plus grands compositeurs de son temps et devenir l’amie de la reine Victoria ?

S’il était impossible de prévoir son avenir, l’ambition de son père Joseph ne faisait aucun doute. Dès son plus jeune âge, Emma apprend la musique et son père rêve pour elle d’une carrière internationale. Parions qu’elle a su dépasser ses attentes.

Une enfance marquée par la musique

Emma Lajeunesse, vers 1855
Source : Wikimedia Commons, domaine public.

Dans la famille Lajeunesse-Mignault, tout le monde vit au rythme de la musique : les parents, tout comme les trois enfants du couple. La mère d’Emma, Mélina, est pianiste amateure. C’est elle qui apprend à ses filles, Emma et sa sœur cadette Cornélia, à jouer du piano. Cette dernière deviendra d’ailleurs une excellente musicienne, enseignant un certain temps aux enfants de la famille royale d’Espagne, avant d’accompagner sa sœur aînée lors de ses tournées. Joseph Adélard, leur frère, deviendra quant à lui curé.

À la mort de leur mère en 1856, des suites d’un accouchement, Joseph prend en charge l’éducation musicale de ses enfants. Il faut dire qu’il est lui-même musicien professionnel. Organiste à l’église Saint-Joseph de Chambly, de 1849 à 1852, il joue de nombreux instruments dont le violon, la harpe, la guitare et le piano. Pour gagner sa vie, il se rend régulièrement dans les villages voisins de Chambly pour accorder ou réparer des instruments.

À quatre ans, Emma apprend déjà la musique ; à huit ans, elle joue du piano et de la harpe qu’elle étudie six heures par jour. Elle lit aussi à vue les œuvres des compositeurs. Pour Joseph, cet aspect de sa formation musicale est essentiel : il tient à ce que sa fille puisse déchiffrer toutes pièces, peu importe le genre : sonate, opéra, polka… Son talent est mis à profit lors des concerts qu’elle donne dès l’âge de huit ans, d’abord à la salle des artisans [2] à Montréal, le 15 septembre 1856, puis dans les municipalités environnantes : Chambly, Saint-Jean, Sorel, Terrebonne... Multiinstrumentiste, Emma chante, joue du piano, de la harpe et de l’harmonium.

Comme le raconte son premier biographe, Napoléon Legendre, Joseph avait pris l’habitude d’inscrire une note dans les programmes remis aux spectateurs avant chaque récital, les invitant à lui apporter des partitions [3]. Un jour, alors que la famille se trouve à Beauharnois pour un concert, il se fâche parce que personne ne lui en présente. Il le prend comme un affront, comme si le public ne croyait pas que sa fille soit en mesure de lire à vue toute pièce apportée. Il menace de suspendre le concert. Finalement, un spectateur ira en chercher une dans une maison voisine qu’Emma s’empressera de jouer. Et le concert de se poursuivre…

Emma aime aussi improviser à la manière des compositeurs qu’elle affectionne, une habileté dont son père est particulièrement fier. Plus qu’une interprète, elle compose elle-même des pièces. Malheureusement, une seule de ses compositions a été retrouvée à ce jour [4].

Au-delà de l’éducation musicale, l’apprentissage de diverses langues est essentiel à la formation d’une future cantatrice. Très tôt, Emma apprend l’anglais dans une école de Plattsburgh où son père travaille quelque temps [5]. Toute jeune, elle chante déjà en cinq langues : français, anglais, italien, espagnol et allemand.

La petite enfance d’Emma Lajeunesse est donc toute centrée sur sa future carrière. Quand un journaliste écrivant un article sur les poupées de femmes célèbres lui demandera plus tard de lui parler des siennes, elle lui répondra qu’elle n’en avait jamais eues.

Ses années au couvent

À la mort de Mélina Mignault, la famille s’installe à Montréal, où deux ans plus tard, Emma et Cornélia sont admises au couvent du Sacré-Cœur à Sault-au-Récollet. Collège réputé, il est fréquenté par les filles de la bourgeoisie canadienne-française. M. Lajeunesse ne pouvant défrayer les 100$ requis annuellement pour l’éducation des enfants [6], ses filles y sont admises sur références en raison de leur talent musical exceptionnel.

Couvent du Sacré-coeur au Sault-aux-Récollets
Source : L’Opinion publique, 7 mars, 1878, p. 115, (via BAnQ num.), domaine public.

D’une nature timide, Emma reste souvent seule aux heures de récréation, ne se faisant pas remarquer. Mais quand elle chante ou joue de l’orgue, c’est une autre histoire. Rapidement, les sœurs sont obligées de la classer hors-concours parce qu’elle ravit constamment les premières places. Il fallait bien laisser une chance aux autres…

Alors que son destin semble tracé depuis sa naissance, Emma hésite entre une carrière de cantatrice et une vocation religieuse. Très pieuse, elle sent l’appel. Une femme, mère Trincano, supérieure du Couvent, jouera un rôle important dans sa vie. D’origine milanaise, ayant étudié en France, elle était doté d’une ouverture d’esprit particulièrement grande, à une époque où l’opéra, tout comme le théâtre, le cirque et les autres divertissements profanes étaient condamnés par l’Église. Comme Emma Albani l’écrit dans ses mémoires, mère Trincano l’encouragera à suivre sa voie :

Dieu vous a donné votre belle voix et je pense qu’il est clairement de votre devoir de l’utiliser. Allez dans le monde pendant deux ans, voyez ce que vous pouvez faire et si, après cette période, vous sentez le besoin de la vie conventuelle, revenez me voir, mon enfant et je vous accueillerai avec joie [7].

S’expatrier pour étudier

Mais comment faire pour étudier la musique quand il n’existe pas encore de conservatoire au Québec ? Certaines congrégations comme les Frères des écoles chrétiennes, la Congrégation de Notre-Dame ou les Ursulines donnent des cours de musique, de même que des professeurs privés, souvent d’origine française, belge ou allemande, ou des collèges anglophones, mais ceux-ci ne sont pas en mesure de former une future cantatrice.

Un musicien professionnel pouvait espérer travailler comme organiste ou maître de chapelle dans une église ou parfois dans un petit orchestre. Pour ce qui est des artistes qui chantaient dans les plus grandes salles de Montréal ou de Québec, c’étaient essentiellement des artistes étrangers, américains, parfois français ou italiens, de passage lors de tournées nord-américaines. Dans un tel contexte, on peut facilement imaginer la fierté ressentie par les Canadiens français en apprenant le succès à l’étranger de celle que l’on surnommera bientôt L’Albani.

Conservatoire national de musique et d’élocution
Source : Album universel, 20 février 1906, p. 1300, (BAnQ num.), domaine public.

Dès la fin des années 1870, certains musiciens, dont Calixa Lavallée, futur compositeur du Ô Canada, et Guillaume Couture feront pression sur le gouvernement pour que des subventions soient octroyées pour l’ouverture d’un conservatoire de musique, mais sans succès. Il faudra attendre 1905 pour que soit créé le Conservatoire national de musique, plus tard affilié à l’Université de Montréal. Quant au premier établissement d’enseignement musical supérieur entièrement subventionné par l’État en Amérique du Nord, le Conservatoire de musique du Québec, il ne sera fondé à Montréal qu’en 1943. Un an plus tard, une succursale sera ouverte à Québec.

À l’époque d’Emma Lajeunesse, il est donc impossible de faire des études musicales poussées dans la province. Lorsqu’on rêvait de faire carrière dans l’opéra ou la musique classique, il fallait partir, comme le feront tant de musiciens et chanteurs québécois pendant des décennies.

Pour payer les frais d’études de ses filles en Europe, Joseph Lajeunesse décide d’organiser un concert-bénéfice le 13 septembre 1862 à la salle des artisans. Des annonces sont publiées dans les journaux. La voix d’Emma « qu’on dirait exilée du ciel », selon le journaliste de La Minerve [8], éblouit plus d’un critique. Certains lui prédisent une carrière internationale. Toutefois, l’opération est un échec, Joseph n’ayant pas réussi à remplir la salle.

Si tous reconnaissent le talent des filles, l’intention de leur père de les retirer du couvent du Sacré-Cœur pour les envoyer en Europe est condamnée par certains. Joseph est sévèrement pris à partie par un professeur de musique de l’institution, aussi correspondant au journal L’Ordre, Gustave Smith, qui l’accuse de profiter de sa fille Emma pour faire de l’argent, mais surtout, de l’envoyer dans la gueule du loup, comme en font foi ces passages :

Lorsqu’un professeur en Italie est à même de connaître un bon sujet, il se l’accapare afin de la former à son image. Cette conduite peut paraître remplie de générosité à quiconque ne connait pas les habitudes, les mœurs des musiciens de ce pays. Il arrive plus d’une fois que ces impressarii séduisent ce jeune sujet et l’emmène ou plutôt l’enlève pour la faire débuter sur une scène lyrique. Le moyen, quelque violent qu’il puisse être, est fréquemment employé, et nul ne peut dire qu’il retrouvera son enfant, et s’il la rencontre ce ne sera plus qu’une nature impure !

Voilà le pays où M. Lajeunesse pense devoir y conduire la jeune Emma. Il est persuadé que l’autorité paternelle suffira pour sauver l’honneur de sa fille.

[…] Nos confrères du journalisme ont écrit d’excellents articles sur le compte de ce jeune talent ; à notre avis c’est un poison violent qu’on présente à cette enfant. Le journalisme dans ce cas n’est que le complice de l’auteur des jours de Mlle Emma Lajeunesse [9].

Ces extraits témoignent bien de l’image négative que l’on se faisait à l’époque des femmes qui choisissaient de pratiquer le métier de chanteuse, voire d’artiste en général. Si la pratique de la musique a longtemps été valorisée chez les femmes de milieu bourgeois, elle l’était à condition qu’elle soit pratiquée en amateur. Les femmes qui connaissaient le piano pouvaient ainsi jouer lors de réceptions familiales ou dans des cercles privés, ou encore enseigner la musique à d’autres jeunes filles. Mais une carrière de musicienne professionnelle n’était pas envisageable et celles qui choisissaient de monter sur scène avaient le plus souvent, mauvaise réputation.

Le chant a aussi longtemps été interdit aux femmes dans les églises catholiques. Alors que l’on pouvait entendre la musique sacrée de Mozart, Haydn, Beethoven chantée par des chœurs mixtes dans les églises protestantes de Montréal et Québec dans les premières décennies du XIXe siècle, elle était interdite par les autorités ecclésiastiques catholiques qui ne toléraient pas la présence des femmes dans les chœurs, la voix féminine étant considérée impure. D’autres voix condamneront cette interdiction, comme en fait foi un article publié dans La Minerve du 19 décembre 1842 :

Nous avons appris que les Amateurs dirigés par M. Brauneis [10] avaient préparé quelques morceaux de Haydn, pour la fête de jeudi dernier, mais, la veille, Mr. Le Supérieur du Séminaire de St-Sulpice de cette ville, fit défense formelle à Mr. L’Organiste de les exécuter… On nous a dit que la raison alléguée par M. le Supérieur, et qu’il dit venir d’une autorité supérieure, est qu’il y avait une ou deux voix de femmes, pour la partie soprano. […] Est-ce que par hasard il se rencontrerait parmi nous des personnes qui auraient l’esprit assez mal tourné pour trouver le chant des femmes indécent et scandaleux dans nos églises [11] ?

Albany avant Paris

Maurice Strakosch (1825-1887)
Source : Wikimedia Commons, domaine public. Photo : Jose Maria Mora.

Joseph Lajeunesse n’ayant pas obtenu le soutien financier nécessaire pour assurer les études de sa fille en Europe, il décide de retirer ses enfants du couvent en 1864. En famille, ils quittent alors le Canada pour Albany, capitale de l’état de New-York, où Emma se fait rapidement engager comme premier soprano à l’église catholique romaine Saint-Joseph. Quand l’organiste de l’église quitte ses fonctions, c’est à elle qu’on demande de jouer de l’orgue. Sur place, Emma se familiarise avec le répertoire sacré de Mozart, Beethoven, Cherubini…

Tous sont subjugués par son talent, à un point tel, que des gens aussi influents que le grand imprésario Maurice Strakosch, beau-frère et professeur de la future grande cantatrice Adelina Patti, viendront de New York pour l’entendre. L’évêque Conroy deviendra l’un de ses plus fidèles admirateurs, allant jusqu’à lui organiser, avec l’aide du père d’Emma, deux concerts-bénéfices pour lui permettre d’aller étudier en Europe. Cette fois, c’est la bonne : Emma Lajeunesse quitte Albany en 1868 pour la Ville lumière.

Ses études à Paris et Milan

En 1868, elle se retrouve à Paris, dans cette ville où ont convergé tant de grands artistes. C’est là que se sont installés d’illustres compositeurs comme Bellini, Cherubini, Rossini, Donizetti, Liszt, Chopin… Au XIXe siècle, c’est un pôle musical dans le domaine de l’opéra. On peut imaginer à quel point « la petite fille de Chambly » est impressionnée de s’y retrouver.

Gilbert Duprez (1806-1896)
Source : Wikimedia Commons, domaine public.

Sur place, elle suit des cours de chant auprès de Gilbert-Louis Duprez, célèbre ténor pour qui Donizetti avait entre autres écrit le rôle d’Edgardo dans Lucia di Lammermoor. Après quelques mois, Emma quitte Paris pour Milan où elle rencontre celui qui deviendra son mentor, le professeur Francesco Lamperti. Avec lui, Emma fait des progrès prodigieux et perfectionne les techniques de chant et de respiration. Même plus tard, au sommet de sa carrière, elle le consultera régulièrement lorsqu’elle devait s’attaquer à de nouveaux rôles.

Après des mois de formation, Lamperti juge sa protégée prête à faire ses débuts à l’opéra. Ça tombe bien, les économies d’Emma ont fondu et elle doit gagner sa vie. Si les cours sont essentiels pour développer son talent vocal, c’est par l’expérience devant public qu’une cantatrice peut développer son jeu et apprivoiser la scène.

Emma Lajeunesse devient Emma Albani

Francesco Lamperti (1813- 1892)
Source : Wikimedia Commons, domaine public.

Mais une future diva peut-elle s’appeler Emma Lajeunesse ? Son professeur d’élocution italienne, Signor Delorenzi lui recommande de changer son patronyme pour un nom plus italien. Mais lequel ? Rapidement, surgit celui d’Albani, le nom d’une vieille famille italienne dont les membres étaient presque tous décédés. Coïncidence : c’était aussi le nom de la ville qui lui avait permis d’amasser suffisamment d’argent pour aller étudier en Europe. Emma Lajeunesse devient, dès lors, Emma Albani. Avec un i.

Pour faire ses débuts, Lamperti lui conseille un grand rôle dans un petit théâtre. Le rôle d’Amina dans La Sonnambula de Bellini est tout indiqué pour elle selon son professeur. Elle a 22 ans, un âge parfait pour interpréter ce grand rôle de soprano léger qu’un bon nombre de cantatrices avaient à leur répertoire. Il choisit de la faire débuter à Messine en Sicile. Mais le pari était risqué puisqu’au-delà des comparaisons possibles, la Sicile était la contrée de Bellini. Pour Lamperti, si Emma réussissait à charmer les Siciliens, elle allait pouvoir le faire ensuite avec les autres.

Elle quitte donc Milan en décembre 1869 pour Messine où elle doit interpréter trois rôles : celui d’Oscar dans Un ballo in maschera de Verdi, celui d’Amina, et enfin d’Alina dans La Regina di Golconda de Donizetti. Plus qu’un simple succès, sa prestation dans La Sonnambula lui vaut 15 rappels. Elle est si émue, qu’elle éclate en sanglots. La critique est dithyrambique. On la surnomme « la fille de Bellini » et « le serin d’Amérique ». Plus tard, à Malte, on la surnommera « le doux rossignol canadien », alors qu’au Canada français, elle sera notre « fleur nationale ».

Emma Albani, vers 1870
Source : Wikimedia Commons, domaine public.

Après sa saison en Sicile, elle accepte quelques rôles, ici et là, en Italie, puis part pour Malte, île sous domination britannique, où elle est engagée pour la saison 1870-1871. Son talent impressionne : on lui propose d’auditionner à Londres, une des capitales culturelles européennes. C’est là, qu’elle fera la rencontre de Frederick Gye, celui qui la propulsera au sommet de sa gloire et dont le fils Ernest deviendra, quelques années plus tard, son futur mari.

De Londres à Saint-Pétersbourg

Frederick Gye (1810-1878)
Source : Wikimedia Commons, domaine public.

Les circonstances de sa rencontre avec Frederick Gye, le directeur du Covent Garden, appelé à l’époque Royal Italian Opera, demeurent mystérieuses, les mémoires de la chanteuse contredisant ceux de l’imprésario James Henry Mapleson, à la tête du Her Majesty’s, l’autre grand théâtre de Londres.

Emma Albani écrit qu’on lui avait donné rendez-vous en juin 1871 pour une audition devant Mapleson, mais celui-ci n’ayant pu la recevoir, elle ira rencontrer son concurrent. Quant à Mapleson, il soutient que c’est un cocher londonien qui aurait commis l’erreur, conduisant Emma Albani au Covent Garden, plutôt qu’au Her Majesty’s, comme elle le lui avait demandé. Quelle est la vraie version ? Difficile de savoir. Une chose est sûre : Gye lui fera signer un contrat de cinq saisons, dont la première aura lieu le 2 avril 1872. Elle devient alors la première canadienne à monter sur la scène du Royal Italian Opera (Covent Garden). Pendant plus de vingt ans, soit de 1872 à 1896, à l’exception de quatre saisons, elle sera à l’affiche de cette institution mythique.

Elle y interprète les grands rôles du bel canto, La Sonnambula, Lucia di Lammermoor, Rigoletto, I Puritani, mais aussi ceux d’opéras français comme Hamlet, Mignon ou Faust, auxquels elle ajoute des opéras allemands de Meyerbeer et Wagner. Tous les opéras, peu importe leur origine, sont alors chantés, à Londres, en italien, ce qui fit dire à certains historiens, que la Grande-Bretagne du XIXe siècle était en fait, musicalement parlant, une colonie italienne [12]

Royal Opera House, Covent Garden, Londres
Source : Elisa.rolle, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Si Emma Albani a partagé, avec d’autres grandes cantatrices, plusieurs rôles importants, parmi les 43 interprétés en carrière, elle s’en est distinguée par l’apprentissage de certains rôles plus dramatiques, mais aussi plus audacieux, comme ceux de Wagner, que sa grande rivale, Adelina Patti, n’interprétait pas. Albani sera la première, en 1875, à interpréter le rôle d’Elsa dans Lohengrin au Covent Garden, de même que celui d’Elisabeth dans Tannhaüser à Londres, en 1876, et de Senta dans Fliegende Holländer, l’année suivante. Plus tard, elle incarnera Isolde à la création de Tristan und Isolde et Desdemona dans Otello de Verdi, en 1891, au Covent Garden. Sa voix gagnant en puissance, Albani deviendra la grande interprète de Wagner à l’extérieur de l’Allemagne, ne se contentant pas de le chanter seulement en italien, mais de le faire aussi en allemand, ce qu’elle fera pour la première fois, en 1881, au Royal Opera de Berlin dans le rôle d’Elsa. Il fallait une certaine dose de courage pour chanter Wagner en allemand aux Allemands. Ceux-ci apprécieront, et son succès sera total.

Opéra d’État Unter den Linden (ancien opéra royal) de Berlin
Source : Slimark, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Comme les saisons lyriques à Londres ne duraient en moyenne que trois mois, soit d’avril à juillet, les chanteurs avaient l’habitude de donner des concerts partout en Europe. Emma Albani aime beaucoup l’oratorio et participe à de nombreux festivals de musique sacrée en Angleterre. Elle chante aussi sur les plus grandes scènes d’Europe.

Dès la fin de sa première saison à Londres, elle part aussitôt pour Paris où on l’annonce pour le 24 d’octobre 1872 au célèbre Théâtre-Italien. Monter sur une scène parisienne : c’était un moment décisif dans une carrière, non seulement parce que la Ville lumière était un haut lieu de l’art lyrique en Europe, mais parce que la critique parisienne et le public en général étaient considérés sévères. Elle y chante des opéras italiens. La critique parisienne est partagée : certains vantent sa « voix pure et cristalline », sa « virtuosité déjà remarquable », de même que le naturel de son jeu et son grand charisme, mais d’autres la jugent trop maigre, et considèrent que sa voix manque de souplesse comparativement à d’autres chanteuses comme Patti. Il faut dire que les attentes étaient très grandes puisqu’on l’avait annoncée comme étant la future diva, une fusion entre les voix de Patti et de Nilsson, alors que, malgré son talent indéniable, elle était débutante. Elle retournera à Paris quatre ans plus tard où cette fois, elle obtiendra un franc succès.

La salle Ventadour qui abritait le Théâtre-Italien au XIXe siècle
Source : Wikimedia Commons, domaine public.

En 1873, Albani effectue une grande tournée en Russie, où elle fait littéralement craquer le public russe, enchainant jusqu’à 40 rappels lors de certaines représentations [13]. Sous le charme, le tsar Alexandre II [14] lui envoie une croix de diamants.

Son amitié avec la reine Victoria

Malgré ses origines modestes, Emma Albani évolue avec la plus grande aisance dans ces soirées organisées par la haute société aristocratique.

En juillet 1874, c’est la reine Victoria qui l’invite, pour la première fois, à chanter au Château de Windsor. Véritable passionnée d’opéra, elle avait elle-même suivi quelques cours de chant avec de grands maîtres comme Félix Mendelssohn. On raconte qu’elle avait une jolie voix. Fréquemment, elle invitait les chanteurs du Covent Garden ou du Her Majesty’s à chanter pour elle, lors de concerts privés à Buckingham Palace, au château de Windsor ou à Balmoral.

Victoria (1819-1901), reine du Royaume-Uni
Source : Wikimedia Commons, domaine public. Photo : John J. E. Mayall.

Lors de ces soirées, Emma Albani interprète des extraits d’opéra, des oratorios ou de vieux airs anglais ou écossais qu’apprécie particulièrement la reine. La diva québécoise deviendra sa cantatrice préférée et participera à de nombreux concerts privés au fil des ans. Une fidèle amitié se développera entre ces deux femmes, issues pourtant de deux mondes complètement différents. Au lendemain de son premier concert, la reine lui envoie une croix de perles, un bijou qu’elle portera à son cou presque toute sa vie [15].

Albani raconte dans ses mémoires qu’à l’automne 1883, alors que son mari et elle demeuraient dans une maison de campagne en Écosse, à Old Mar Lodge, la reine l’avait invitée à venir chanter pour elle à Balmoral, qui ne se trouvait qu’à une vingtaine de kilomètres de leur maison. Après le concert, Emma lui avait mentionné qu’elle pouvait venir lui rendre visite si elle le souhaitait, sans imaginer qu’elle le ferait. Qu’elle ne fut donc pas sa surprise quand deux ou trois jours plus tard, elle reçut un télégramme, le matin même, lui signalant que la reine allait l’honorer de sa visite en fin d’après-midi…

Cette nouvelle causa beaucoup d’émoi. Nous ne pensions qu’à mettre de l’ordre partout. Par bonheur, nous avions tout ce qu’il fallait pour préparer un thé excellent. À 4h25 – Sa Majesté était toujours la ponctualité même -, la voiture royale arrivait. La gentillesse et la simplicité de la reine eurent tôt fait de nous mettre à l’aise. Avant son départ, je chantai pour elle une mélodie et ainsi s’acheva un événement mémorable de ma vie [16].

Chaque année, Emma ira chanter pour la reine au moins deux fois par saison et cette dernière lui rendra visite à plusieurs reprises. Pour la reine Victoria, Emma Albani représentait une figure importante, c’était sa « sujette canadienne », comme elle la décrit dans ses lettres. C’était le chantre de l’empire britannique et à chaque événement important, c’était elle qui avait l’honneur de chanter le God Save the Queen.

Au décès de la reine Victoria, le 22 janvier 1901, seule Emma Albani, accompagnée d’un musicien, est invitée à chanter devant sa dépouille, à la chapelle du souvenir de Windsor. Elle en parle comme du « moment le plus solennel et le plus touchant » de toute sa carrière. Elle interprète Come unto Him et I know that my Redeemer liveth, extraits du Messie de Handel. Seuls le roi Édouard VII, la reine et des membres de la famille royale sont présents. Albani chantera, plus tard, à de nombreuses reprises pour Édouard, notamment lors de son couronnement.

Le règne des divas

Au XIXe siècle, les divas règnent en maitre sur le monde de l’opéra. Elles sont adulées. Tout en haut des affiches figurent, au fil des décennies, les noms de Maria Malibran, Giulia Grisi, Guiditta Pasta, Adelina Patti, Emma Albani... Elles sont si populaires qu’elles en perdent leur prénom, pour devenir La Pasta ou La Patti, une habitude qui apparait en France dès le deuxième quart du siècle. Des admirateurs se battaient littéralement pour obtenir un morceau de la robe de La Malibran ou d’une autre diva et on s’arrachait leurs portraits.

Les compositeurs écrivent aussi des rôles pour elles. Bellini écrit La Sonnambula et Norma pour La Pasta, de même que Donizetti écrit Lucia di Lammermoor pour elle.

Au-delà de leur renommée, elles avaient un réel pouvoir à l’époque. Il était fréquent par exemple que des compositeurs acceptent de modifier des œuvres pour plaire à des cantatrices. Certaines étaient reconnues pour leurs caprices, ce qui donnera, avec le temps, surtout à la fin du XIXe siècle, une connotation négative aux termes diva ou prima Donna. Même si le public continue à être ému par leur talent, on commence à se moquer de leurs caprices et elles sont de plus en plus perçues comme des courtisanes à la recherche du pouvoir et de l’argent [17].

Charles Gounod (1818-1893), compositeur, vers 1890
Source : Wikimedia Commons, domaine public. Photo : Nadar.

Charles Gounod accepte, en 1885, de modifier son oratorio La Rédemption pour Emma Albani afin qu’il s’adapte mieux à sa voix [18]. Il composera pour elle l’oratorio Mors et Vita la même année. Dvorak en fera autant. Ce ne sont pas les seuls compositeurs à être charmés par son immense talent, elle raconte dans ses mémoires, qu’en 1893, alors qu’elle est à Vienne, Johannes Brahms verse des larmes lorsqu’il l’entend chanter une partie de son requiem.

Les cachets des cantatrices sont impressionnants au tournant du XXe siècle. En 1903, Adelina Patti accepte de participer à une tournée américaine après qu’on lui ait promis 5000 $ par représentation, en plus d’un pourcentage sur les bénéfices des concerts [19]. Bien que les cachets d’Albani ne pouvaient rivaliser avec ceux de Patti, Emma Albani était aussi très bien rémunérée. En 1883, lors de sa tournée américaine, il lui arrive d’être payée $1500 pour certaines représentations [20]. Aux salaires versés, s’ajoutaient tous les cadeaux offerts par les richissimes monarques admiratifs de leur talent.

La concurrence entre cantatrices pouvait être féroce. Si certains historiens ont affirmé qu’il existait une certaine amitié entre Patti et Albani, deux artistes qui partageaient la scène du Covent Garden, les exemples qui suivent tendent à nuancer cette perception. Dans sa biographie de Patti, John Frederick Cone raconte qu’un jour, alors que Patti se trouvait en tournée dans les Îles britanniques, elle vit un portrait d’Albani affichée dans un théâtre. Elle exigea alors qu’il soit caché aussitôt [21]. Il est aussi de notoriété publique que le mari de Patti tenait à ce que le nom de sa femme soit écrit deux fois plus gros sur les affiches que celui des autres chanteurs, allant même parfois jusqu’à prendre lui-même les mesures.

Adelina Patti (1843-1919)
Source : Wikimedia Commons, domaine public.

Dans son journal, Frederick Gye raconte une anecdote survenue en janvier 1874, à Saint-Pétersbourg, lors du mariage de la grande duchesse Marie de Russie, fille unique du tsar Alexandre II, avec le duc d’Édimbourg, fils de la reine Victoria, qui témoigne de la rivalité qui existait entre les deux divas [22]. Alors qu’elle venait de terminer sa prestation, Patti s’empressa de glisser un mot à l’oreille d’Albani avant qu’elle ne chante. Bien que Gye ne précise pas les mots exacts prononcés par la première, Albani pleura. Même si elle ne faisait pas de vague, la cantatrice québécoise fut une des plus grandes rivales de Patti.

Sa vie de famille

Emma Albani rencontre Ernest Gye, le fils du directeur du Covent Garden, Frederick Gye, en 1874, au moment de sa première tournée nord-américaine. Ernest remplace alors son père lors de la tournée. Le 6 août 1878, Emma l’épouse, à l’âge de 30 ans, à la Bavarian Chapel, une chapelle catholique. Elle est catholique, lui, anglican. Très pieuse, elle fréquentera la même chapelle, toute sa vie durant, dès qu’elle se trouvait à Londres.

Royal Bavarian Chapel, Londres
Source : Joachim Specht, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Un an plus tard, ils auront un fils, Ernest Frederick, élevé dans la religion de sa mère. Il deviendra plus tard diplomate. Consul-général à Tanger de 1933 à 1936, il accède au poste d’ambassadeur de Grande-Bretagne au Venezuela de 1936 à 1939, avant d’aller vivre quelques années à Montréal au cours des années 1940. Lors de ses années au Québec, il offrira ses photos de famille à la municipalité de Chambly. Il mourra à Londres en 1955, sans descendants.

À la mort de Frederick Gye, suite à un accident de chasse malheureux, en 1878, c’est son fils Ernest qui prend la tête du Covent Garden, un rôle qu’il assumera pendant six ans.

À Londres, la famille habite pendant vingt ans, rue Bolton, dans le chic quartier de South Kensington.

Les grandes tournées transatlantiques

Une série de facteurs vont permettre l’avènement de tournées à grande échelle dans la seconde moitié du XIXe siècle. Le développement des moyens de transport, comme le bateau et le train, facilite les déplacements et permet de voyager plus loin, plus rapidement. Dans les années 1880, lorsque la mer est calme, un voyage Liverpool-New York prend en moyenne une semaine, ce qui est beaucoup plus rapide qu’au début du siècle, avant l’apparition des bateaux à vapeur. Emma Albani apprécie ces traversées qui lui permettent de prendre un peu de repos, avant d’enchaîner les concerts.

La Révolution industrielle engendre la croissance d’une élite bourgeoise qui cherche à se divertir, comme le faisait depuis longtemps l’aristocratie. Dans ce contexte, l’opéra attire un nouveau public, où les femmes sont aussi de plus en plus nombreuses. C’est le cas en Europe, mais aussi en Amérique.

Tous cherchent à tirer profit de cette nouvelle manne : promoteurs, imprésarios, municipalités… On agrandit les salles pour permettre l’ajout de décors et d’accessoires, on améliore leur confort en les électrifiant, dès les années 1880, ce qui permet non seulement de conserver une température moins élevée dans les salles surchauffées par l’éclairage au gaz, mais un meilleur contrôle de la lumière. L’obscurité totale incite les gens à garder le silence durant les représentations et leur indique le moment adéquat pour applaudir. Les publicités de l’époque vantaient d’ailleurs les nouveaux systèmes de chauffage et d’éclairage installés dans certains théâtres.

L’apparition de la presse à grand tirage dans les années 1880-1890 joue également un rôle important dans la démocratisation de l’opéra. Dans plusieurs journaux, les critiques des journalistes jouxtent la liste des noms de célébrités ayant assistés aux concerts. Les stars sur scène sont de plus en plus magnifiées. Au Québec, comme ailleurs, des chroniques spécialisées en musique font leur apparition dans les journaux à grand tirage comme La Gazette de Québec, La Minerve ou Le Canadien et un nouveau journal consacré en grande partie à la musique, au théâtre et à la littérature fait son apparition en 1895 : Le Passe-Temps, qui sera actif jusqu’en 1949.

C’est aussi dans la seconde moitié du XIXe siècle que se développe le métier d’imprésario. Maurice Strakosch, Jacob Grau, Henry Abbey et plusieurs autres, deviendront des incontournables dans la production de grandes tournées de célébrités, comme Patti et Albani à l’opéra, ou Sarah Bernhardt au théâtre.

Amorcées surtout à partir des années 1850, les tournées européennes aux États-Unis s’étendent, au tournant du XXe, aux petites localités. On ne visite désormais plus seulement New York, Boston, Philadelphie, Toronto et Montréal, mais aussi de plus petites municipalités qui comptent alors de nouvelles salles de concert. Les promoteurs cherchent à rentabiliser leurs tournées, souvent très coûteuses, en raison notamment des énormes cachets exigés par les artistes. Lors de sa grande tournée qui l’amène pour la première fois en sol québécois, en 1883, Emma Albani parcourt près de 13 000 Km en train, s’arrêtant dans de nombreuses villes. En 1890, elle donne des concerts pendant quatre mois lors d’une tournée qui l’amène jusqu’au Mexique. C’est cette année-là, qu’elle chante pour la première fois au Metropolitan Opera, ouvert sept ans plus tôt, devenant la première cantatrice canadienne à y chanter. Elle est aussi la première chanteuse à y avoir interprété le rôle de Desdemona dans Otello de Verdi, un des rôles les plus marquants de sa carrière.

Le retour de l’enfant prodige

Quand Emma Albani revient pour la première fois au Québec pour y donner trois concerts, en mars 1883, à Montréal, ça fait près de vingt ans qu’elle a quitté le pays. Les émotions sont fortes pour elle, car avant la métropole canadienne, elle retourne aussi à Albany où elle revoit ses amies d’enfance.

Au Québec, ses compatriotes l’attendent depuis longtemps ; elle sera littéralement accueillie comme une reine. Un comité de réception est dépêché à la frontière où un wagon spécial l’amène jusqu’à Montréal. À la gare Bonaventure, les clubs de raquetteurs sont présents, enlignés le long des rues, flambeaux à la main. Le Montreal Daily Star évalue, dans son édition du 29 mars 1883, à 10 000, le nombre de personnes sur place, et à 300, le nombre de raquetteurs. Puis, en une lente procession, précédée par l’orchestre de la Bande de la Cité, celui du parc Sohmer, elle est reconduite, à bord d’une voiture tirée par quatre chevaux, jusqu’à l’hôtel Windsor. La foule est si nombreuse au moment où elle veut entrer dans l’hôtel, que son équipe doit la transporter au-dessus de leur tête !

Le lendemain elle est invitée à une réception à l’hôtel de ville où politiciens et célébrités l’attendent. On lui remet des lettres lui souhaitant la bienvenue dans son pays natal, puis le poète Louis Fréchette lui lit le premier de trois poèmes qu’il composera pour elle, dont voici un extrait :

O sainteté de l’art, toujours, toujours niée !
Ceux-là, grande Albani, qui t’ont calomniée
N’avaient jamais compris ce que c’est que le cœur
Où le reflet d’en haut mit son cachet de vainqueur !

Louis Fréchette (1839-1908)
Source : Wikimedia Commons, domaine public.

Ce jour-là, c’est la fête à Montréal : les commerces sont fermés et les Montréalais l’accueillent sur son passage.

Elle donnera trois concerts au Queen’s Hall. Le violoniste canadien Alfred De Sève participe aux deux premiers concerts, ainsi que la contralto Jennie Dickerson, le ténor Wladyslaw Mierzwinski et le baryton Cavetti. La salle est pleine à craquer : des gens sont debout parce qu’il ne reste plus de places assises. Elle chante un extrait de Lucia di Lammermoor, un peu d’oratorio, entre autres. C’est un triomphe. Les applaudissements et les cris sont tellement nourris qu’elle additionne les rappels. À un moment donné, elle ne sait plus quelle pièce chanter ; elle opte alors pour une aria, tirée de l’opéra Le Pré aux clercs de Hérold, Souvenirs du jeune âge.

Je fus alors vraiment inspirée car l’impression fut si forte que lorsque j’arrivai au dernier vers, Rendez-moi ma patrie ou laissez-moi mourir, l’auditoire se leva d’un coup et m’acclama durant cinq bonnes minutes ; il me fallut répéter la chanson avant de chanter Home, Sweet Home [23].

Cet extrait du Pré aux clercs se retrouve d’ailleurs sur un de ses rares enregistrements.

Au lendemain de son troisième concert, l’Opinion publique écrit :

Albani est partie !... Elle est partie, laissant à notre population une de ces émotions qui empoignent le cœur à jamais. Son séjour parmi nous est un de ces événements qui font époque dans l’histoire d’un peuple. Elle nous a fait connaître le beau, le vrai et le bien. Le beau dans l’art ; le vrai dans la vertu ; le bien dans la charité [24].

La soi-disant « vertu » d’Emma Albani sera souvent soulignée dans les commentaires et les critiques des journaux. Non seulement, était-elle reconnue pour son immense talent, mais elle l’était aussi pour ses mœurs. Contrairement à d’autres divas réputées pour leurs excentricités et leurs nombreux divorces, Albani ne faisait pas de vague, avait une vie familiale rangée, était pieuse et humble, et donnait régulièrement de l’argent à des organismes de charité. On considérait alors que cette image de vertu rejaillissait en quelque sorte sur celle des Canadiens français dans leur ensemble.

Pendant sa semaine de congé à Montréal, elle en profite pour visiter certains parents ainsi que les sœurs du Couvent du Sacré-Cœur, où elle reçoit, dit-elle, un accueil « affectueux et sympathique ». Elle chante un Ave Maria dans la vielle chapelle du couvent, là où elle avait si souvent chanté, « n’imaginant certes pas alors dans quelles circonstances j’y reviendrais », écrit-elle [25].

Son retour au Québec, en 1883, est si triomphal qu’il inspirera la création d’un chapeau Albani, pour dames, et d’un gâteau Albani [26].

Elle reviendra à une dizaine de reprises au Québec. À chaque fois, elle visite Montréal, chantant au Queen’s Hall, à l’Académie de musique, à la salle Windsor ou au Monument national, mais la ville de Québec fait aussi régulièrement partie de ses tournées, notamment en 1889, où elle est très bien accueillie. 200 raquetteurs l’attendent à son hôtel et l’escortent en traîneau jusqu’au parlement où des feux d’artifices saluent son arrivée. Le premier ministre du Québec, Honoré Mercier, organise un diner en son honneur. Elle donnera deux concerts dans la capitale, les 1er et 5 février, à l’Académie de Musique. En 1903, elle s’arrête pour la première fois à Trois-Rivières et Sherbrooke. En 1906, lors de sa tournée d’adieu, elle visite aussi Sorel.

Le Québec et l’opéra

Entre 1883 et 1906, années de ses premiers et derniers concerts au Québec, le monde de l’art lyrique a évolué dans la province. Alors que pendant très longtemps au XIXe siècle, c’est l’élite anglophone de Montréal qui fréquente surtout l’opéra et qui est propriétaire des salles de concerts, à partir de la fin du siècle, une classe moyenne canadienne-française émerge et se rend désormais à l’opéra ou à l’opérette. Elle s’implique aussi dans le patronage de spectacles, dans la création d’organismes de diffusion et dans l’ouverture de salles de concerts, où l’on présente désormais certains opéras en français. Parmi les bailleurs de fonds de l’Opéra français [27], on retrouve : Louis-Joseph Forget, propriétaire de la Montreal Light, Heat and Power et président de la bourse de Montréal, Raymond Préfontaine, maire de Montréal de 1898 à 1902, et l’imprimeur et éditeur Trefflé Berthiaume.

Comme Albani a toujours reçu les plus grands honneurs lors de ses visites au Québec, on serait tenté de croire qu’elle faisait l’unanimité. Or, l’opéra, au même titre que les autres arts profanes tels la danse, les chorales mixtes, le cirque et le théâtre, sont condamnés par l’Église. L’archevêque de Montréal, Mgr Fabre, dénonce en 1894 « les mauvais théâtres [qui] ont un effet plus désastreux encore que les mauvaises lectures [parce que] le poison entre et s’infiltre par tous les sens, [par l’oreille] qui est frappée par des chants passionnés et les charmes de la musique [28]. » Ces propos sont émis quelques jours avant le début de la seconde saison de l’Opéra français. Non seulement la troupe présentait-elle de l’opéra, un genre condamné par l’Église, mais elle le faisait en langue française. Le public allait donc pouvoir comprendre les paroles, ce que plusieurs jugeaient particulièrement inquiétant…

Les hautes instances ecclésiastiques profitent de la venue d’Emma Albani pour effectuer un rappel, le 29 janvier 1896, lors duquel Mgr Fabre s’adresse aux prêtres qui auraient été tentés d’aller assister au concert de la cantatrice le soir même :

Il est strictement défendu aux prêtres du diocèse d’aller soit au théâtre, soit à l’opéra, et même d’assister aux concerts publics donnés par un artiste ou une cantatrice de renom. À plus forte raison se rendrait-il coupable, le prêtre qui, espérant ne pas être reconnu pour tel, se mettrait en habit séculier afin de violer impunément cette loi disciplinaire, sur l’importance de laquelle il est inutile d’insister davantage [29].

Cela dit, tous ces mandements ont-ils empêché la population d’aller voir des spectacles ? La popularité d’une Albani, voire d’une Sarah Bernhardt fortement dénoncée par l’Église, démontre bien que les Canadiens français n’écoutaient pas à la lettre les recommandations des curés, surtout dans une grande ville comme Montréal, ce qui explique que les autorités ecclésiastiques se sentaient obligés d’effectuer des rappels, non seulement à la population en général, mais aussi à leurs propres prêtres…

L’identité canadienne-française d’Albani

Malgré toutes ces années passées en Europe, Albani se dit avant tout Canadienne française. Il faut dire qu’il lui reste de la famille ici, son frère, curé, ainsi que son père, retourné vivre à Chambly à la fin de sa vie. Même son fils, qui n’a pas grandi au Québec, s’y installera quelques années. On suppose que sa mère lui a transmis une partie de son identité.

Un fait amusant, Albani raconte dans ses mémoires, que la nationalité qu’on lui prêtait avait tendance à varier selon le public qu’elle visitait. Ainsi, aux États-Unis, elle était une Américaine venant d’Albany, en Angleterre, une canadienne sujette de sa Majesté britannique, alors qu’en France, plusieurs la disaient française, en raison de son nom de jeune fille, Lajeunesse.

On sent une certaine amertume lorsqu’elle revient sur les raisons qui l’ont poussée à s’expatrier à l’époque. Selon elle, les Canadiens français marquaient de l’appréhension pour une carrière publique et n’aimaient pas voir une des leurs monter sur une scène, ce qui expliquerait qu’on lui ait refusé l’aide souhaitée alors qu’elle était adolescente [30]. Elle souligne dans ses mémoires que ce refus aurait été fait, prétendait-on, dans son intérêt. Mais depuis son succès à l’étranger, les choses avaient changé : les Canadiens français étaient prêts à s’amender et étaient maintenant très fiers d’elle. Il est d’ailleurs largement question de l’accueil triomphal qu’elle recevra au cours de tous ses passages au Québec et de son « Canada bien-aimé ».

Il est aussi intéressant de se pencher sur sa perception des relations entre anglophones et francophones au Canada. Il en est question lorsqu’elle raconte son passage à Ottawa et sa rencontre avec le premier ministre Wilfrid Laurier :

Je rencontrai aussi sir Wilfrid Laurier, que j’ai eu le plaisir de revoir depuis en maintes occasions, tant au Canada qu’à Londres. Les Canadiens anglais comme les Canadiens français l’aiment beaucoup et il a énormément fait pour éliminer toute jalousie mesquine qui a pu exister entre les deux nationalités.

Tenant compte du fait que les Anglais ont conquis les Français au Canada, cela m’a toujours paru curieux qu’un Canadien français puisse être premier ministre et qu’il soit apprécié des deux groupes. Je crois que l’harmonie qui existe entre les deux nations est due en grande partie à la grande liberté accordée aux Canadiens français par leurs frères anglais. Ces derniers ne s’immiscent ni dans la religion ni dans le système d’éducation des Canadiens français, qui sont sur un pied d’égalité avec les Anglais et ont les mêmes droits. Les Canadiens français vivent heureux et contents, élevant de nombreux enfants. Ils ont des familles qui comptent habituellement douze ou treize enfants, quelquefois plus, et si le nombre est inférieur, ils pensent ne pas avoir fait leur devoir envers leur pays.

J’ai épousé un Anglais et j’ai pris résidence en Angleterre mais, de cœur, je suis restée Canadienne française [31].

Wilfrid Laurier, premier ministre du Canada (1896-1911).
Source : Wikimedia Commons, domaine public.

Rédigés en anglais, ses mémoires étaient destinés à un lectorat anglophone. Précisons aussi qu’elle a passé la presque totalité de sa vie en Angleterre et que malgré ses origines modestes, elle a surtout fréquenté des gens issus de l’aristocratie et de la grande bourgeoisie. Au Canada, elle côtoie, au cours de ses visites, aussi bien Wilfrid Laurier, que John A. Macdonald chez qui elle séjourne en 1889. Sa vision du Canada est donc celle du milieu qu’elle fréquente.

À une époque où le développement de l’art lyrique, comme les autres formes d’art, dépendait presque exclusivement du mécénat, les artistes n’avaient d’autres choix que d’entretenir des relations avec les élites politiques, aristocratiques et financières. C’est ce qui leur permettait entre autres d’être invités à chanter dans des soirées privées et de gagner leur vie.

L’âge de la retraite

En 1896, à l’âge de 48 ans, elle entame sa dernière saison au Covent Garden. C’est une saison chargée puisqu’elle y interprète six rôles dans divers opéras : Gilda (Rigoletto), Violetta (La Traviata), Elsa (Lohengrin), Valentine (Les Huguenots), Donna Anna (Don Giovanni), mais surtout Isolde dans Tristan und Isolde, en allemand, peut-être le plus grand rôle de sa carrière. Au sujet de sa prestation dans ce rôle, ainsi que celle de Jean de Reszke, avec lequel elle partage la scène, le critique musical britannique Herman Klein écrit dans le Sunday Times :

Jamais auparavant à Covent Garden a été ressentie d’une manière aussi totale la beauté de cette scène d’amour. Entendre cette musique difficile chantée avec autant de perfection était en soi un régal, presqu’une révélation [32].

Emma Albani, vers 1899
Source : Wikimedia Commons, domaine public. Photo : Talma & Co.

Si elle décide de tirer sa révérence de la scène du Covent Garden, elle continuera de chanter des oratorios et des messes dans de nombreux festivals prestigieux en Europe et de participer à des tournées à travers le monde. Elle visite entre autres l’Afrique du Sud à trois reprises, en 1898, 1899 et en 1904.

En 1906, elle effectue sa dernière tournée au Canada et aux États-Unis. Un an plus tard, elle part pour six mois, en Inde, en Australie et en Nouvelle-Zélande notamment. Ce sera sa dernière tournée.

Le 14 octobre 1911, au Royal Albert Hall, elle donne son dernier grand concert, devant 10 000 personnes. Albani a alors 54 ans. Plusieurs de ses collègues sont sur scène pour l’occasion, dont Adelina Patti et Nellie Melba.

Cette année-là, elle publiera, simultanément à Londres et à Toronto, ses mémoires, qui ne seront traduits en français qu’en 1972.

Une fin de vie difficile

On en sait très peu sur les vingt dernières années de la vie d’Emma Albani, sinon qu’elle et son mari vivent des moments difficiles. Ils ont perdu beaucoup d’argent, probablement dans des placements, et ont été obligés de se départir du Covent Garden. Elle doit vendre ses costumes d’opéra, ses bijoux et ses œuvres d’art.

Pour amasser un peu d’argent, elle donne des cours de chant privés. Parmi ses élèves, figure la franco-ontarienne Éva Gauthier, qui fera plus tard une belle carrière aux États-Unis, travaillant avec Gershwin et Maurice Ravel notamment. Gauthier participera à des tournées avec Albani dans les îles vierges britanniques ainsi qu’au Canada en 1906.

En plus de l’enseignement, Albani participe, dans ses dernières années, à quelques concerts de charité, par exemple, en mai 1912, à une soirée au bénéfice des musiciens décédés lors du naufrage du Titanic [33]. Avec le temps, sa gloire a pâli et sa présence passe presque inaperçue. Elle terminera sa carrière en chantant dans des spectacles de music-hall.

Au cours des années 1920, sa situation financière se dégrade rapidement et inquiète. Le gouvernement britannique lui alloue une rente annuelle de 100 livres en 1920. Le premier ministre Mackenzie King sollicitera aussi l’aide du gouvernement canadien, mais elle lui sera refusée, sous prétexte qu’Emma Albani était davantage un sujet britannique qu’une citoyenne canadienne. Le gouvernement du Québec, sous Alexandre Taschereau, lui refusera aussi toute aide.

En 1925, la situation d’Emma est plus mauvaise que jamais. Un grand concert-bénéfice est alors organisé pour elle au Covent Garden, le 25 mai, à l’initiative de la cantatrice Nellie Melba auquel cette dernière participe, de même que la jeune cantatrice canadienne, Sarah Fisher. Le roi George V lui attribue, pour l’occasion, le prestigieux titre de Dame de l’Ordre de l’Empire britannique.

Un concert-bénéfice est aussi organisé, trois jours plus tard, au Théâtre Saint-Denis à Montréal. 429 musiciens et chanteurs sont sur scène pour lui venir en aide ; la station de radio CKAC diffuse le concert. Plus de 4000 $ seront ainsi amassés pour elle lors de cette soirée et grâce à une campagne de souscription. Les résidents de Chambly lui verseront également de l’argent, après lui avoir organisé un autre concert-bénéfice.

Le 3 avril 1930, cinq ans après le décès de son mari, Emma Albani s’éteint dans sa maison, à l’âge de 82 ans. De modestes funérailles se tiendront deux jours plus tard à Londres. Bien qu’il ait été question, un temps, de rapatrier sa dépouille au Québec, elle repose au cimetière de Brompton, dans le district de Kensington, le quartier chic de Londres où elle a longtemps habité, aux côtés de son époux et de sa sœur Cornélia Lajeunesse, décédée deux ans plus tard. Au Québec, certains journaux soulignent brièvement son décès.

Que reste-t-il d’Albani aujourd’hui ?

Au cours de sa carrière, Emma Albani a multiplié les honneurs : Ordre du Mérite du roi de Suède ainsi que du roi du Danemark, titre de Cantatrice à la cour royale sous Guillaume 1er et de Dame Commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique, Médaille d’or du Royal Philharmonic Society de Londres [34], médaille d’honneur commémorative du jubilé de la reine Victoria...

En 1934, un prix Albani est créé, à l’instigation du fils de la cantatrice, et est décerné annuellement par le Conservatoire royal de musique de Londres à une jeune chanteuse. En 1939, c’est au tour des citoyens de Chambly de dévoiler une plaque commémorative, en présence d’Ernest Frederick Gye.

Une rue de Montréal et de Québec porte également son nom. Plus tard, en 1980, le gouvernement canadien sortira un timbre à son effigie.

Malheureusement, malgré les honneurs, il subsiste peu d’enregistrements d’Emma Albani. Neuf pièces sont parvenues jusqu’à nous, dont 8 enregistrées entre 1904 et 1907, alors qu’elle approche la soixantaine, dont des arias de Handel, l’Ave Maria de Gounod, Home, Sweet Home de Bishop, Souvenirs du jeune âge, extrait de l’opéra Le Pré aux Clercs de Hérold, qui avait tant ému son public lors de ses concerts au Québec. Aucun extrait des grands opéras dans lesquels elle a triomphé ne se retrouve sur disque. Bien qu’ils n’aient pas été produits lorsqu’elle était au sommet de sa carrière et malgré la piètre qualité technique des enregistrements de l’époque, ils permettent tout de même d’apprécier la clarté de sa voix ainsi que son célèbre trille.

C’est une chance de pouvoir entendre cette voix qui fit vibrer tant de gens sur tous les continents. D’autres grands artistes tels Christine Nilsson, une des plus célèbres cantatrices de son temps, n’ont pas eu la même veine puisqu’il ne subsiste aucun de ses enregistrements. Au contraire de Nilsson, Nellie Melba, compte quant à elle, 150 disques à son actif, alors que le grand ténor, Enrico Caruso, effectuera 286 enregistrements différents, entre 1902 et 1920. Au-delà de leur grand talent, la technologie leur aura permis de se faire connaitre des futures générations.

Emma Albani n’est pas la seule cantatrice québécoise à avoir connu un tel succès. D’autres grandes figures ont aussi été très importantes au fil des décennies, dont Pauline Donalda qui, après sa carrière de chanteuse, jouera un rôle majeur dans la promotion de l’art lyrique au Québec, en fondant, en 1942, la Guilde de l’Opéra de Montréal qu’elle dirigera jusqu’en 1969. Béatrice Lapalme, Pierrette Alarie, Léopold Simoneau, Raoul Jobin, Maureen Forrester, Joseph Rouleau [35], Louis et Gino Quilico sont de ceux-là. Encore aujourd’hui, des voix du Québec s’illustrent sur les plus grandes scènes : Marie-Nicole Lemieux, Julie Boulianne, Étienne Dupuis, Marc Hervieux, Jean-François Lapointe…

Emma Lajeunesse, dite L’Albani, aura su leur paver la voie.

En savoir plus

- Emma Albani, Mémoires d’Emma Albani. L’éblouissante carrière de la plus grande cantatrice québécoise, traduit et annoté par Gilles Potvin, Montréal, Éditions du Jour, 1972, 206 p. L’édition originale avait été publiée à Londres en 1911 sous le titre de Forty Years of Song.
- Pierre Vachon, Emma Albani, Montréal, Lidec, 2000, 62 p.
- Cheryl MacDonald, Emma Albani. Victorian Diva, Toronto and London, Dundurn Press Limited, 1984, 205 p.
- Napoléon Legendre, Albani (Emma Lajeunesse), Saint-Jacques, Éditions du Pot de fer, 1992, 115 p. C’est une réédition de l’ouvrage original, publié en 1874.
- Hélène Charbonneau, L’Albani : sa carrière artistique et triomphale, Montréal, L’Imprimerie Jacques-Cartier, 1938, 171 p.
- Pierre Nadon, Pierre Vachon et Paul-Henri Hudon, « Une fleur de l’art vocal. L’Albani », Chambly, Société d’histoire de la seigneurie de Chambly, Les Cahiers de la seigneurie de Chambly, numéro 34, septembre 2010, 60 p.
- Mireille Barrière, L’Opéra français de Montréal. L’étonnante histoire d’un succès éphémère, Ville Saint-Laurent, Fides, 2002, 355 p.
- Mireille Barrière, La société canadienne-française et le théâtre lyrique à Montréal entre 1840 et 1913, thèse, Université Laval, Québec, 1990, 583 p.
- Marie-Thérèse Lefebvre et Jean-Pierre Pinson, Chronologie musicale du Québec, 1535-2004, Québec, Septentrion, 2009, 366 p.
- Odette Vincent, La vie musicale au Québec. Art lyrique, musique classique et contemporaine, Sainte-Foy, Les Éditions de l’IQRC, 2000, 159 p.
- Willy Amtmann, La musique au Québec. 1600-1875, Montréal, Les Éditions de l’Homme, 1976, 420 p.

La municipalité de Chambly ainsi que la Société d’histoire de la seigneurie de Chambly possèdent des Fonds Emma Albani, qui comprennent de nombreuses photos et documents. L’Université de Montréal possède, quant à elle, un Fonds Gilles Potvin, qui regroupe beaucoup d’articles sur la chanteuse.

Certaines œuvres de fiction ont aussi été réalisées sur la vie d’Emma Albani, dont une pièce de théâtre, Le Pays dans la gorge, écrite par Simon Fortin, dont sera tiré un téléfilm, réalisé par Gilles Noël.

Je voudrais remercier, en terminant, le chanteur et animateur Marc Hervieux, le collectionneur et passionné d’opéra Pierre Nadon, ainsi que l’animatrice Sylvia L’Écuyer, pour les entrevues qu’ils m’ont généreusement accordées.

Notes

[1Longtemps sujet controversé, l’année 1847 est généralement reconnue aujourd’hui, par les historiens, comme l’année de sa naissance.

[2En anglais, on l’appelle aussi Mechanics’ Hall.

[3Napoléon Legendre, Albani (Emma Lajeunesse), Saint-Jacques, Éditions du Pot de fer, 1992, p. 21. C’est une réédition de l’ouvrage original, publié en 1874.

[4O Salutaris pour voix et piano, publié chez Wm. Hall & Son de New York, sans date. Dédiée « au Très Rév. J.J. Conroy, administrateur du diocèse d’Albany », l’œuvre a probablement été publiée alors qu’Emma se trouvait à Albany dans les années 1860, à une époque où, Cornélia et elle, interprétaient régulièrement les compositions d’Emma.

[5Gilles Potvin, « Emma Albani (1847-1930) », Les Cahiers de l’association pour l’avancement de la recherche en musique au Québec, numéro 7, p. 46-64.

[6À cela, s’ajoutaient des frais de 30$ par année pour suivre des cours de piano et 48$ pour des cours de harpe selon Cheryl MacDonald, Emma Albani. Victorian Diva, Toronto and London, Dundurn Press Limited, 1984, p. 29.

[7Emma Albani, Mémoires d’Emma Albani. L’éblouissante carrière de la plus grande cantatrice québécoise, traduit et annoté par Gilles Potvin, Montréal, Éditions du Jour, 1972, p. 24. L’édition originale avait été publiée à Londres en 1911 sous le titre de Forty Years of Song.

[8« Delle. Emma Lajeunesse », La Minerve, 16 septembre 1862, p. 2.

[9Gustave Smith, « Les Enfants-Prodiges », L’Ordre, 24 septembre 1862. Également reproduit en annexe C de Gilles Potvin, « Emma Albani (1847-1930) », Les Cahiers de l’association pour l’avancement de la recherche en musique au Québec, numéro 7.

[10M. Brauneis était l’organiste de l’église Notre-Dame à Montréal.

[11Willy Amtmann, La musique au Québec. 1600-1875, Montréal, Les Éditions de l’Homme, 1976, p. 373.

[12Leslie Orrey et Rodney Milnes, Histoire de l’opéra, Paris, Éditions Thames & Hudson, 1991, p. 171.

[13Pierre Vachon. Emma Albani, Montréal, Lidec, 2000, p. 23.

[14Tsar de Russie de 1855 à 1881.

[15La Société d’histoire de la seigneurie de Chambly possède le programme d’un concert donné le 13 juin 1883 à Buckingham Palace lors duquel elle chanta un extrait des Noces de Figaro de Mozart, From Thy Love as a father de La Rédemption de Gounod ainsi qu’un quatuor de Rigoletto de Verdi.

[16Emma Albani, op.cit., p. 132.

[17Patrick Barbier, À l’opéra au temps de Balzac et Rossini, Paris, Hachette Littératures, 1987, p. 161.

[18La Société d’histoire de la seigneurie de Chambly possède la lettre originale de Gounod ainsi que la partition remaniée.

[19John Frederick Cone, Adelina Patti. Queen of Hearts, Portland, Amadeus Press, 1993, p. 230.

[20Cheryl MacDonald, op. cit., p. 106.

[21John Frederick Cone, op.cit., p.107.

[22L’anecdote m’a été racontée par Pierre Nadon qui a eu accès au journal de Frederick Gye aux archives du Covent Garden à Londres.

[23Emma Albani, op. cit., p. 130.

[24Article de l’Opinion Publique se trouvant dans la biographie d’Emma Albani, écrite par Napoléon Legendre, p. 114.

[25Emma Albani, op. cit., p. 130.

[26Gilles Potvin, « Albani, Emma », L’Encyclopédie canadienne, 29 juillet 2007.

[27L’Opéra français fut en opération de 1893-1896. Mireille Barrière lui a consacré un ouvrage : L’Opéra français de Montréal. L’étonnante histoire d’un succès éphémère, Ville Saint-Laurent, Fides, 2002.

[28Mireille Barrière, op. cit., p. 54.

[29Mireille Barrière, op. cit., p. 267.

[30Emma Albani, op. cit., p. 123.

[31Ibid., p. 146-147.

[32Gilles Potvin, « Albani, Emma », L’Encyclopédie canadienne, 29 juillet 2007.

[33Pierre Nadon, « Emma Albani et le Titanic », La Société d’histoire de la seigneurie de Chambly, 23 mars 2012.

[34Très prestigieuse, la Médaille d’or avait été précédemment décernée par cette société musicale à des célébrités telles Charles Gounod, Johannes Brahms, Adelina Patti et Christine Nilsson pour leur « sens musical exceptionnel ».

[35Joseph Rouleau a réussi l’exploit de chanter près de 30 ans à Covent Garden, dans une quarantaine de productions. Au cours de sa carrière, il a chanté avec Luciano Pavarotti, Placido Domingo et Maria Callas, avec laquelle il a enregistré un album en 1959. Il est décédé en 2019.

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