Maurice Richard (1921-2000)

Benoît Melançon
Département des littératures de langue française - Université de Montréal

« J’suis juste un joueur de hockey. » 
Maurice Richard

Avant les Canadiens (1921-1942)

Né le 4 août 1921 à Montréal, Maurice Richard est l’aîné des huit enfants d’Onésime Richard et d’Alice Laramée, originaires tous deux de la Gaspésie. Il grandit dans le quartier de Bordeaux. Son père est machiniste aux ateliers Angus et sa mère, «  femme au foyer  », comme on disait à l’époque. Maurice Richard ne se distingue pas par son parcours scolaire — il fait des études de machiniste —, mais sur les patinoires de son quartier et au-delà. Passionné de hockey, il aurait réussi à s’inscrire avec plusieurs équipes à la fois grâce à des noms d’emprunt, par exemple Maurice Rochon.

Adolescent, il joue pour l’équipe de Paul-Émile Paquette (1937-1938), puis pour les Maple Leafs de Verdun (1938-1940), avant de rejoindre le Canadien senior de Montréal (1940-1942).

Une carrière hors du commun (1942-1960)

Celui que l’on surnommera bientôt «  Le Rocket  » et qui portera le numéro 9 commence sa carrière professionnelle avec les Canadiens de Montréal en 1942.

Quand il se joint à l’équipe, personne ne lui prédit une carrière exceptionnelle. En effet, lors de ses premières présences, il est régulièrement blessé (poignet, cheville), au point où on en vient à se demander s’il a une constitution assez solide pour devenir joueur professionnel. «  Le Rocket  » a aussi été appelé «  Bones  » par certains, à cause la faiblesse supposée de ses os.

L’explosion des saisons 1943-1944 et 1944-1945 est donc tout à fait inattendue. Elle frappe d’autant plus l’imagination. Une star naît. Richard a 23 ans.

Maurice Richard, Elmer Lach et Tony Demers au Forum (1942)
Source : Conrad Poirier, BAnQ Vieux-Montréal, Domaine public au Canada

On peut résumer la chose en quatre dates.

23 mars 1944 . Pendant les séries éliminatoires, au Forum de Montréal, Richard marque cinq buts contre les Maple Leafs de Toronto, les cinq de son équipe dans une victoire de 5 à 1, et il obtient les trois étoiles du match.

28 décembre 1944 . À Montréal, contre les Red Wings de Detroit, dans une victoire de 9 à 1, Richard marque cinq buts et récolte trois aides. Avant le match, il avait prévenu ses coéquipiers et son entraîneur qu’il était fatigué, car il venait de participer à un déménagement.

3 février 1945 . Richard marque un but en transportant sur son dos un défenseur des Red Wings de Detroit, Earl Seibert (95 kilos). Voici comment l’ancien arbitre Red Storey, non sans emphase, raconte la chose dans le docudrame télévisé Maurice Richard. Histoire d’un Canadien en 1999  : «  Seibert a sauté sur son dos. Sauté sur son dos. Il a mis ses bras autour de lui, puis ses jambes autour de lui. Le Rocket n’a jamais ralenti. Il a foncé et il a déjoué le gardien. Il a alors secoué les épaules et expédié Seibert dans le coin de la patinoire.  » C’était à Montréal.

18 mars 1945 . À Boston, Richard marque son cinquantième but de la saison 1944-1945. Pour la première fois de l’histoire de la Ligue nationale de hockey, un joueur marque cinquante buts en cinquante matchs. Il faudra attendre trente-six ans avant que ce record soit égalé par Mike Bossy, des Islanders de New York.

Les exploits et les récits ne s’arrêteront pas là.

Quand, le 6 janvier 1951, Richard marque son 271e but, il devient le meilleur compteur de buts de l’histoire des Canadiens. Il le reste encore, puisqu’à sa retraite il aura compté 544 buts en saison régulière. Guy Lafleur a marqué 560 buts durant sa carrière, mais «  seulement  » 518 avec les Canadiens.

Quelques semaines plus tard, à l’Olympia de Detroit, les séries d’après-saison s’amorcent entre les Canadiens et les Red Wings, qui sont largement favoris. Le premier match, le 27 mars 1951, dure 121 minutes et 9 secondes, au lieu des 60 minutes réglementaires  ; les Canadiens l’emportent 3 à 1 au début de la quatrième période de prolongation. Le deuxième match, le surlendemain, dure 102 minutes et 20 secondes  ; les Canadiens l’emportent 1 à 0 au début de la troisième période de prolongation. Maurice Richard marque les deux buts. L’homme des grandes occasions, c’est lui.

Dans le légendaire richardien, le 8 avril 1952 est une date marquante. En troisième période, durant les séries éliminatoires, au Forum, Richard marque un but, qui deviendra le but gagnant du match et de la série, contre Jim «  Sugar  » Henry, des Bruins de Boston, après avoir été sérieusement blessé auparavant dans le match, au point de perdre conscience. Pour Jack Todd, en 1996, il s’agit du «  greatest [goal] in the history of the game  » («  le plus grand but de l’histoire du hockey  »)  ; pour Roch Carrier, en 2000, du «  plus beau [but] de l’histoire du monde  ». Rien de moins. Depuis, on voit partout une photo prise après le match d’un Richard ensanglanté serrant la main du gardien des Bruins, qui s’incline devant lui.

Le 8 novembre 1952, avec son 325e but, Richard devance Nels Stewart et devient le meilleur marqueur de l’histoire de la Ligue nationale de hockey. Il marque ce but dix ans jour pour jour après avoir marqué son premier. Lors d’une entrevue télévisée de décembre 1954 incorporée à Maurice Richard. Histoire d’un Canadien, juste après avoir marqué son 400e but, Richard se remémorera la «  tension  » qu’il a vécue en 1952. Cette tension est bien visible dans les films du match du 8 novembre  : Richard marque son but et il se dirige vers le filet pour y prendre la rondelle, puis il la lance violemment sur la glace, comme pour s’en débarrasser, avant de la ramasser de nouveau. Être le plus grand représentant de son sport ne va pas sans difficultés existentielles.

Maurice Richard portant son chandail de capitaine
Source : Antoine Desilets, BAnQ Vieux-Montréal, CC BY-NC-ND 4.0.

Les médias n’ont pas toujours occupé l’espace qui est le leur aujourd’hui. On a pu voir des images mobiles du joueur dès l’apparition de la télévision en 1952. Pourtant, quand ils évoquent le Maurice Richard de l’après-guerre, quand ils pensent au joueur actif, quand ils tissent leurs souvenirs à ceux du Rocket, ses partisans reviennent d’abord et avant tout à la radio et, dans une moindre mesure, à l’imprimé (presse quotidienne, publications spécialisées). Le Maurice Richard qui a tant marqué les esprits à partir de 1942 est une créature dont on connaissait le visage, mais dont on ne pouvait, pendant longtemps, qu’imaginer les mouvements sur la glace. Une des photos les plus connues de Richard a été prise le 16 avril 1953. Au Forum, les Canadiens remportent 1 à 0 leur match contre les Bruins de Boston, et avec lui la coupe Stanley. Elmer Lach marque le but gagnant tôt au cours de la première période de prolongation, sur une passe de Richard. Le photographe Roger Saint-Jean rate le but, mais sa photo de Lach et Richard s’envolant pour s’étreindre et se féliciter deviendra célèbre  : leurs bâtons forment le V de la victoire. Quand le quotidien Le Devoir choisit huit photos «  connues par la grande majorité des Québécois  » et consacre à chacune un article dans sa série «  Une photo en mille mots  », la première retenue, les 25-26 septembre 1999, est celle de Saint-Jean. À la mort de Richard, en mai 2000, le journal reproduit, toujours en première page, la même photo et le même article.

Quand Maurice Richard prend sa retraite juste avant le début de la saison 1960-1961, en septembre 1960, il a un dossier inégalé. En chiffres, sa carrière se résume ainsi  : 1473 minutes de punition, 1111 matchs, 1092 points (dont 626 buts), 18 saisons, 14 sélections au sein de la première ou de la deuxième équipe d’étoiles de la Ligue nationale de hockey, 8 coupes Stanley (emblème du championnat professionnel nord-américain), 1 titre de joueur le plus utile de la ligue (en 1946-1947). Dans son édition de janvier 1998, le magazine The Hockey News, sous la plume de Mike Ulmer, le classait au cinquième rang des plus grands joueurs de hockey de tous les temps, derrière Wayne Gretzky, Bobby Orr, Gordie Howe et Mario Lemieux.

L’Émeute (1955)

Dans l’histoire de Maurice Richard, un épisode est capital. Il se déroule sur quelques jours de 1955.

Le 13 mars, les Canadiens de Montréal sont au Garden de Boston, là où jouent les Bruins. Ils les affrontent dans un des derniers matchs réguliers de la saison 1954-1955.

Pendant ce match, Richard est blessé par le bâton de Hal Laycoe  ; cette blessure nécessitera des points de suture. Ensanglanté, il réplique avec ses poings et des bâtons. Après avoir cassé le sien sur le dos d’un adversaire, il serait allé en chercher un deuxième, dont il se serait aussi servi comme d’une arme. Certains récits, dont celui de Clarence Campbell, le président de la Ligue nationale de hockey, font même état d’un troisième bâton, ce que niera fermement Richard le 20 mars 2000 dans le journal La Presse. La même année, Chrystian Goyens et Frank Orr, dans Maurice Richard. Héros malgré lui, parlent de quatre bâtons. Quoi qu’il en soit, Richard est par la suite retenu par le juge de ligne Cliff Thompson, qu’il frappe en essayant de s’en défaire pour poursuivre la bagarre avec les joueurs des Bruins. Cela lui vaut d’être chassé du match par l’arbitre, Frank Udvari, et d’être menacé d’arrestation par des policiers bostoniens.

Circonstances aggravantes  : c’est loin d’être la première fois que Richard est sanctionné par la Ligue nationale de hockey.

Le 4 mars 1951, à New York, dans le lobby de l’hôtel Piccadilly, Richard s’en prend à l’arbitre Hugh McLean, auquel il reprochait des décisions prises quelques jours auparavant lors d’un match au Forum de Montréal. Il recevra pour ses gestes une amende de 500 $, soit la plus lourde amende imposée par la Ligue nationale.

Le 6 décembre 1952, dans Samedi-Dimanche, où il tient chronique, Richard critique vertement des amateurs de hockey de la ville de Québec, nommément ceux du quartier Saint-Sauveur, qu’il traite de «  bandits  », à cause du traitement qu’ils auraient réservé à son frère Henri, celui qui deviendra quelques années plus tard son coéquipier, lui qu’on surnommera «  Le Pocket Rocket  ». Au début de 1954, dans le même hebdomadaire, à la suite de la suspension de son coéquipier Bernard «  Boom-Boom  » Geoffrion, le chroniqueur vise plus haut. Il décide de contester l’autorité du président de la Ligue nationale de hockey, soupçonné de (dé)favoritisme ethnique  : Geoffrion aurait été la victime des sentiments anti-Canadiens français de Clarence Campbell. La chronique qui a déclenché la controverse sera sa dernière avant plusieurs années  : la Ligue nationale lui enjoint de cesser de signer des textes dans la presse.

Maurice et son frère Henri sur la glace
Source : Antoine Desilets, BAnQ Vieux-Montréal, CC BY-NC-ND 4.0.

Le 29 décembre 1954, les Canadiens jouent un match à Toronto. Richard se bat alors contre un joueur des Maple Leafs, Bob Bailey. Selon l’arbitre Red Storey, Richard aurait frappé ce soir-là Bailey à coups de bâtons — de plusieurs bâtons. Après le combat, quittant la patinoire, Richard se penche vers son entraîneur, Dick Irvin, qui lui parle, puis il fait volte-face. Revenu sur la glace, il s’en prend au juge de ligne George Hayes, qui a essayé de s’interposer entre lui et Bailey. Pour son geste, il n’est ni puni, par Storey, ni suspendu, par le président Campbell. Il doit cependant acquitter une amende de 250 $ et il est semoncé par les autorités de la Ligue nationale de hockey, qui n’entendent pas tolérer de recrudescence de la violence envers leurs officiels.

Les événements du 13 mars 1955, joints à ceux qui les ont précédés, coûteront cher à Maurice Richard.

Rentré à Montréal, il comparaît devant le président de la Ligue nationale, Clarence Campbell, dans la matinée du 16 mars 1955.

Richard est flanqué de son entraîneur, Dick Irvin, et d’un ancien équipier devenu administrateur des Canadiens, Ken Reardon. Campbell entend les trois hommes, ainsi qu’Hal Laycoe (le joueur avec lequel Richard s’est battu le 13 mars), Cliff Thompson (le juge de ligne qu’il a frappé), Frank Udvari (l’arbitre du match), Sammy Badcock (le second juge de ligne), Lynn Patrick (l’entraîneur-gérant des Bruins) et Carl Voss (l’arbitre en chef de la Ligue).

En après-midi, il rend sa sentence  : Maurice Richard est suspendu pour les trois derniers matchs de la saison régulière et pour tous les matchs des séries éliminatoires. Il en a assez  : «  le temps de la tolérance et de la clémence est révolu. Il importe peu que ces agissements soient le produit d’une instabilité de caractère ou un défi délibéré à l’autorité. Ce genre de conduite ne peut être toléré de la part de personne, que le joueur soit une étoile ou non.  »

Maurice Richard terminera la saison avec 38 buts et 36 passes, et il aura reçu 125 minutes de punition, ce qui restera un sommet en carrière pour lui. Le championnat des compteurs, qui était à sa portée, lui échappe. Aucune sanction n’est imposée à Laycoe. Le contenu de cette sentence est immédiatement communiqué par les médias, au premier rang desquels la radio.

Le lendemain, le 17 mars 1955, les Canadiens jouent un match au Forum de Montréal. Au cours de la journée, des voix se font entendre, qui demandent à Clarence Campbell de ne pas y aller. On craint des débordements des partisans. Ceux-ci déplorent, pour ne pas dire plus, que la décision de Campbell prive Richard de ce qui aurait pu être le championnat des compteurs et ils redoutent que l’équipe, privée de sa vedette, ne parvienne pas à gagner la coupe Stanley. Ils eurent doublement raison. Au moment de sa suspension, Richard était en tête des compteurs de la ligue, mais il sera dépassé, sous les huées, par son coéquipier Bernard Geoffrion. La coupe Stanley sera remportée par les Red Wings de Detroit, en sept matchs, contre les Canadiens dorénavant privés de Richard.

Le match commence à l’heure prévue, 20h30. Les Red Wings, auxquels Montréal dispute le premier rang du classement dans la Ligue nationale, sont les visiteurs. L’équipe de Detroit prend rapidement les devants. Pendant la première période, tandis que les Red Wings dominent les Canadiens, Campbell se dirige vers son siège habituel, escorté de sa secrétaire, Phyllis King (qui deviendra sa femme), et de deux jeunes femmes. Cette présence a souvent été considérée, alors et depuis, comme une provocation. Dès le lendemain, le maire de Montréal, Jean Drapeau, reprochera à Campbell d’avoir assisté au match. N’avait-il pas été menacé de mort dans les heures le précédant  ? Il devait se douter qu’il serait mal reçu. Mais à ce point  ?

Campbell est pris à partie par des spectateurs — mais les récits varient considérablement. On le bombarde  : programmes, bouteilles, couvre-chaussure et paletots, fruits et légumes, œufs (frais ou pourris), sacs d’arachides, cubes de glace, sacs remplis d’eau, pièces de monnaie, pieds de porc marinés. Un homme, dont on discute encore l’identité, s’approche de lui pour le frapper au visage. Une photo, constamment utilisée depuis, fait voir Campbell se protégeant, son chapeau d’une main et un programme de l’autre, pendant que des placiers retiennent son assaillant. Quelques minutes plus tard, un spectateur écrase une tomate (ou deux) sur Campbell. Une chose est sûre  : la position de ce dernier est périlleuse, comme le montrent les images fixes ou mobiles.

Dans les minutes qui suivent, une bombe lacrymogène explose. Le match est interrompu. Campbell se réfugie dans la salle du soigneur, où il croise Richard. Même s’il n’avait pas revêtu son uniforme, celui-ci avait tenu à être là pour encourager ses équipiers. Devant la cohue créée par les actes de violence à l’encontre de Campbell et par l’explosion de la bombe lacrymogène, le chef du service d’incendie de Montréal décide d’évacuer le Forum, ce qui se fera dans le calme. Detroit, qui menait 4 à 1, est décrété vainqueur du match, puisque l’équipe qui recevait n’a pas su assurer la sécurité de l’équipe adverse.

L’Émeute n’a pourtant pas lieu, pour l’essentiel, au Forum. C’est plutôt à l’extérieur qu’elle explose, rue Sainte-Catherine, une fois le Forum vidé de ses occupants (plus de 14 000). Des manifestants s’y étaient regroupés dès avant le début du match, histoire d’exprimer leur mécontentement envers la sentence de Campbell. Ils brandissaient des pancartes  : «  Richard le persécuté  », «  Révoltante décision  », «  Injustice au Canada Français  », «  Injustice envers les sportifs  », «  Campbell  » (avec des dessins de porc ou de… poire), «  Stupid puppet Campbell  », «  Vive Richard  », «  Vive le Rocket  », «  On veut Richard  », «  Pas-de-Richard pas-de-Coupe  », «  Down with Campbell  », «  À bas Campbell  », «  Dehors Campbell  !!  », «  J’y vais pas — et vous  ? I’m not going, are you  ?  », «  Tout-péché se pardonne. Campbell. Vive Richard  », «  Destruction du sport national  ». On promenait sur une camionnette une poupée géante à l’effigie de Richard, qu’on avait exhibée en des temps plus heureux, par exemple lors du 400e but du Rocket. Les manifestants sont rejoints par ceux qui quittent le Forum.

La violence avait commencé avant le début du match  : des projectiles avaient été lancés dans les vitres du Forum et de nombreuses personnes s’étaient rassemblées dans le parc Cabot, situé en face. Après l’évacuation, elle éclate et elle prend des formes multiples. Des voitures sont renversées. Des tramways sont immobilisés. Des incendies sont allumés sur la chaussée. Des vitrines sont brisées. Des cabines téléphoniques et des kiosques à journaux sont vandalisés. Des commerces sont pillés, notamment des bijouteries. Des policiers et des civils sont blessés (aucun gravement). Du Forum, la foule se déplace vers l’est, en empruntant la rue Sainte-Catherine. Bilan  : 100 000 $ de dégâts, avance-t-on le lendemain, avant de parler plus modestement de 30 000 $, quelques dizaines d’arrestations et d’inculpations, pour un événement qui aurait duré entre cinq et sept heures selon les récits. Maurice Richard ne sera pas témoin de ce que l’on appelle désormais l’Émeute Maurice-Richard  : ayant quitté rapidement le Forum et ses environs, c’est par la radio qu’il apprendra qu’il y a eu émeute, et qu’il en suivra le déroulement.

Ajoutons deux choses.

En 2000, Brian McKenna réalise le documentaire Fire and Ice. The Rocket Richard Riot / L’émeute Maurice Richard. Ce film a le mérite de dire explicitement ce que révèlent nombre d’images que l’on a conservées de la soirée du 17 mars et des reportages publiés le lendemain. En plus d’être un accès de violence, accès dont il n’y a absolument pas lieu de diminuer l’importance, l’Émeute a été une fête. (Rappelons, pour mémoire, que les Irlandais, partout dans le monde, célèbrent le 17 mars la Saint-Patrick. Ceux de Montréal ne font pas exception.) McKenna montre deux fois la séquence d’un homme qui dansait dans la rue, devant des flammes. Il a retenu des images de jeunes gens souriant à la caméra ou s’amusant autour de feux de camp improvisés. McKenna insiste sur cet aspect, et de deux façons. Par sa narration  : «  À l’extérieur du Forum, c’est à moitié une émeute et à moitié une fête  » («  Outside the Forum, it is half-riot half-party  »). Par les souvenirs du musicien Billy Georgette  : il circulait avec un groupe d’étudiants ce soir-là et leur tramway a été arrêté devant le Forum  ; ils en sont descendus pour se joindre à la fête («  We joined the party  »). Les choses dégénéreront, certes. Cela étant, on ne le dit pas assez  : l’Émeute n’a pas seulement été le drame qu’elle est devenue sous les plumes les mieux intentionnées  ; elle a été l’occasion de célébrer. Quoi  ? Maurice Richard, au moins. La résistance à une injustice supposée, sans doute. Le simple fait, pour une fois, de relever la tête, peut-être. La lutte contre les méchants Anglais  ? C’est moins sûr.

Le magazine américain Sport d’avril 1955 comporte une photo de Richard fort différente de celles qu’on voit habituellement. Une épaule le tirant vers le sol et l’autre vers le ciel, les yeux tournés vers ce ciel, son bâton le protégeant et pointant lui aussi vers le ciel, le visage couvert d’une légère couche de sueur, ce Maurice Richard-là a tout du saint Sébastien de Luca Giordano, le peintre baroque du XVIIe siècle. Entre le Richard de Sport et «  Le martyre de saint Sébastien  », on peut multiplier les points communs  : la position des épaules est la même, le cou est en extension dans les deux cas, les yeux sont également à la limite de la révulsion, les deux corps se détachent d’un fond noir, là où l’un a une flèche au flanc, l’autre tient son bâton. À ces coïncidences, visuelles, s’en ajoute une autre, historique  : la photo paraît dans la livraison d’avril 1955 du magazine américain, mais elle est visible sur les murs du Forum de Montréal dès le 17 mars 1955, puisqu’elle accompagne la publicité du magazine («  Read in this month’s Sport “Montreal Flying Frenchman”  »  ; ce «  Montreal Flying Frenchman  » est Richard). Sébastien aurait été un soldat de l’armée romaine et il aurait vécu à la fin du IIIe siècle  ; il aurait été transpercé de flèches par les ordres de l’empereur Dioclétien parce qu’il était chrétien. Maurice Richard, lui, n’a pas été victime de ses convictions religieuses, mais il est néanmoins, comme Sébastien, ce soldat de Dieu, un être fabuleux et un martyr. Allons plus loin  : les participants à l’émeute du 17 mars 1955 avaient déjà sous les yeux l’image du martyr qu’allait devenir Richard ce soir-là.

Le lendemain de l’Émeute, le 18 mars 1955, du Forum de Montréal, Maurice Richard fait une déclaration publique bilingue sur les ondes radiophoniques et télévisuelles  : «  Mes chers amis, parce que je joue toujours avec tant d’ardeur et que j’ai eu du trouble à Boston, j’ai été suspendu. Je suis vraiment peiné de ne pouvoir m’aligner avec mes copains du Canadien dans les séries de détail [les éliminatoires]. Je veux toutefois penser avant aux amateurs de Montréal et aux joueurs du Canadien qui sont tous mes meilleurs amis. Je viens donc demander aux amateurs de ne plus causer de trouble et je demande aussi à tous les partisans d’encourager le Canadien pour qu’il puisse l’emporter en fin de semaine contre les Rangers et le Detroit. Nous pouvons encore nous assurer le championnat. J’accepte ma punition et je reviendrai la saison prochaine pour aider mon club et les jeunes joueurs du club à remporter la coupe Stanley.  » Dans l’immédiat, les choses en resteront là. Cela ne revient évidemment pas à dire que l’histoire sera enterrée.

Quel sens donner à ce qui s’est passé à Montréal le 17 mars 1955  ? André Laurendeau s’y essaie dans les pages du quotidien Le Devoir dès le 21 mars 1955, non pas en éditorial, mais dans la rubrique «  Bloc-notes  ».

Laurendeau publie un article intitulé «  On a tué mon frère Richard  ». Il emprunte son titre à un épisode du nationalisme canadien-français  : c’est une allusion au «  On a tué mon frère Riel…  » d’Honoré Mercier à la fin du XIXe siècle. Laurendeau substitue au leader métis de l’Ouest canadien pendu pour ses activités politiques un joueur de hockey canadien-français suspendu pour ses débordements sportifs. Il est conscient que les deux événements ne sont pas de nature identique  : «  Sans doute il s’agit aujourd’hui de mise à mort symbolique. À peine le sang a-t-il coulé. Nul ne saurait fouetter indéfiniment la colère des gens, y sculpter une revanche politique. Et puis, il ne s’agit tout de même que de hockey…  » Pourtant, il ne faudrait pas minimiser ce qui vient de se passer  : «  Tout paraît destiné à retomber dans l’oubli. Mais cette brève flambée trahit ce qui dort derrière l’apparente indifférence et la longue passivité des Canadiens français.  »

L’Émeute fait émerger quelque chose de profond. Laurendeau le dit d’entrée de jeu  : «  Le nationalisme canadien-français paraît s’être réfugié dans le hockey. La foule qui clamait sa colère jeudi soir dernier n’était pas animée seulement par le goût du sport ou le sentiment d’une injustice commise contre son idole. C’était un peuple frustré, qui protestait contre le sort.  » Maurice Richard, pour l’éditorialiste du Devoir, est un «  héros national  », que l’on pourrait comparer à Wilfrid Laurier ou à Louis Riel, mais son vis-à-vis n’est pas vraiment Clarence Campbell. Ce dernier personnifie plutôt l’Anglophone, le Juge (expéditif), le Provocateur, le Maître  : «  Le sort s’appelait, jeudi, M. Campbell  ; mais celui-ci incarnait tous les adversaires réels ou imaginaires que ce petit peuple rencontre.  » Le «  peuple frustré  » lui a opposé la violence le temps d’une émeute.

Après cette entrée en matière sur la dimension nationale de l’Émeute, Laurendeau s’interroge sur ce qui a poussé des gens pacifiques à se livrer au pillage le 17 mars. Pourquoi cette violence  ? «  Quand [la foule] se déchaîne, sous tous les cieux du monde, elle devient mauvaise et incohérente. […] quand des hommes sont nombreux et animés par une passion commune, où est la logique  ?  » Le point de comparaison que choisit Laurendeau pour essayer de comprendre les émeutiers est doublement intéressant. En rapportant l’émeute du Forum à une assemblée politique tenue en 1942, Laurendeau l’inscrit dans l’histoire de la distinction canadienne-française au sein de la fédération canadienne. Il active dans le même temps un réseau de sens dont il existe des traces chez plusieurs créateurs qui ont mis en scène les événements de 1955  : l’Émeute, c’est la guerre.

Pendant l’assemblée de 1942, la foule réunie au marché Jean-Talon de Montréal avait applaudi un orateur refusant l’antisémitisme exprimé par quelques-uns. Néanmoins, l’ambiance change rapidement  : «  L’assemblée terminée, la foule resta quelques moments près du marché Jean-Talon, comme en disponibilité. Ces gens-là n’avaient pas le goût d’aller se coucher. Ils se sentaient encore vibrants, ils ne voulaient pas se séparer. / Quelques meneurs, surgis d’on ne sait où, se présentèrent et encadrèrent la foule. Un ordre de marche, et l’épaisse colonne s’avança jusqu’à la rue Saint-Laurent, qu’elle se mit à descendre. […] Et bientôt, savez-vous ce qui arriva  ? Cette foule, qui venait unanimement d’exécrer l’antisémitisme se mit à jeter des pierres sur les vitrines des magasins juifs ou supposés tels.  » Quelques «  meneurs  » suffisent à transformer des patriotes en miliciens suivant un «  ordre de marche  » et réunis en une «  épaisse colonne  ». Comment  ? On ne le sait pas  : «  Parmi ceux qui me lisent ce matin, il y a peut-être des hommes qui participèrent à ce vandalisme, et se demandent pourquoi ils l’ont fait.  » En 1942 comme en 1955, il n’est pas facile de déchiffrer la psychologie des foules.

Sur un autre plan, Laurendeau note qu’il y avait des inconditionnels du Rocket tant chez les anglophones que chez les francophones  : «  Sans doute, tous les amateurs de hockey, quelle que soit leur nationalité, admirent le jeu de Richard, son courage et l’extraordinaire sûreté de ses réflexes. Parmi ceux qu’enrageait la décision de M. Campbell, il y avait certainement des anglophones.  » Cela tend à disparaître du discours commun sur l’Émeute en 2015. Pourtant, il y a là quelque chose de fondamental  : il y a indubitablement une dimension nationale (entendre «  canadienne-française  ») aux événements de mars 1955  ; il n’y a pas que cela. L’Émeute est aussi montréalaise.

Cette émeute a désormais acquis un statut d’évidence historique, notamment dans son lien avec la Révolution tranquille  : elle en aurait été l’«  annonce  », voir l’«  élément déclencheur  ». Les choses sont évidemment un peu plus compliquées que cela. Il faudrait notamment se demander quand le lien entre ces deux «  événements  » est apparu.

Deux exemples, tirés d’entretiens, suffiront à montrer la force du lien. Le premier, dans la bouche du cinéaste Jean-Claude Lord, à RDI, la chaîne d’information continue de la télévision de Radio-Canada, le 25 octobre 1999  : «  Les événements qui ont traversé la vie de Maurice, en particulier, bon, l’Émeute, et toute la signification que ç’a eue ont fait qu’à un moment donné socialement ça devenait quelque chose d’important. […] si on se rappelle bien, en 1955 l’Émeute, en 1960 le début de la Révolution tranquille.  » Le second, dans celle de l’historien Peter Gossage, interviewé dans La Presse du 23 août 2012  : «  Maurice Richard est devenu l’un des mythes fondateurs de la Révolution tranquille.  » L’article est illustré de deux photos prises au moment de l’Émeute. Entre 1955 et 1960, il y aurait donc une nette relation directe.

Ce type de discours est devenu banal dans la société québécoise  ; il n’en a pas toujours été de même. Un bref sondage, de cinq ans en cinq ans, dans les archives du quotidien La Presse, le montre. La commémoration de l’Émeute y est chose bien plus récente qu’on ne le pense.

Toute histoire est un récit, et un récit qui se transforme au fil du temps. Le récit historique québécois, dans son interprétation de la Révolution tranquille, a cherché des événements qui pourraient l’annoncer. C’est ce qu’indiquait Alexandre Turgeon dans un article du Devoir le 21 septembre 2010  : «  À cette quête de paternité [de la Révolution tranquille] se joint une autre quête, soit celle des signes précurseurs de la Révolution tranquille. Ceux-là sont légion. Que l’on pense au manifeste du Refus global [1948], à l’émeute du Forum à la suite de la suspension de Maurice Richard, au “Désormais…” qu’aurait lancé Paul Sauvé à son arrivée au pouvoir, à ces foyers d’opposition au régime que furent Le Devoir, Cité libre et la faculté des Sciences sociales de l’Université Laval, et bien d’autres encore… Une fois de plus, on cherche avidement les signes avant-coureurs de cette Révolution tranquille du fait que l’on ne peut concevoir, ni admettre, qu’il s’agisse d’un phénomène de génération spontanée.  » L’Émeute Maurice-Richard est devenue un de ces «  signes avant-coureurs  », mais cela s’est fait progressivement. La place que cette émeute a prise dans le récit historique québécois — et qui paraît maintenant aller de soi — est le fuit d’une construction et on pourrait sans trop de mal la rapporter à l’évolution du nationalisme québécois et à celle des interprétations de la Révolution tranquille.

L’après-carrière (1960-2000)

Maurice Richard a réussi à une époque où les siens tardaient à s’affirmer, et sa réussite était québécoise, canadienne, nord-américaine, internationale. Durant sa carrière, il a brisé nombre de records. Il était celui qui triomphait  : des autres équipes, de l’adversité, de la violence, de l’injustice. Il était un champion national et, de plus, il avait le sens du drame. Ses réussites étaient spectaculaires. C’était un homme d’action.

Carte postale à l’effigie de Maurice Richard (entre 1960 et 1965)
Source : BAnQ, Domaine public au Canada.

Pourtant, rien ne lui était plus étranger que la grandeur. Il était l’homme d’une idée simple (d’une simple idée)  : scorer (marquer). N’a-t-il pas continuellement répété qu’il n’était «  qu’un joueur de hockey  »  ? N’était-il pas un membre de la famille  ? Jusque dans ses difficultés, il restait un des siens. Quand il marquait, on sentait toujours l’effort. Quand il parlait, ça ne lui venait pas naturellement. Quand il était ovationné, il ne savait pas comment réagir. Quand la souffrance l’accablait, il ne se cachait pas  : l’homme au regard de feu n’avait pas peur de ses larmes. Il était comme tout le monde.

Ce grand homme, qui était aussi un proche, pensait tomber dans l’oubli au moment d’«  accrocher ses patins  », pour reprendre l’expression consacrée. De plus, il lui a fallu apprendre un nouveau mode de vie.

Pendant les années 1960, Maurice Richard connaît une relative éclipse. Il avait incarné pendant plus de quinze ans la réussite canadienne-française dans un monde que l’on croyait soumis à la domination canadienne-anglaise. Mais, par la suite, il ne paraît plus être en phase, historiquement, avec ce qui se passait au Québec, voire partout en Occident. Homme de peu de mots, il lui était difficile de se reconnaître dans l’effervescence langagière, et plus largement culturelle, de ces années marquées par une volonté d’expression généralisée. Homme de religion et homme de famille, il ne correspondait pas aux nouveaux modes de comportement  : transformation des relations hommes-femmes et parents-enfants, perte des repères religieux, réaménagement des valeurs. Il incarnait le traditionalisme, à une époque où la rébellion avait droit de cité. Richard quitte temporairement le devant de la scène.

Au début des années 1970, il redevient l’objet d’une diversité étonnante de discours chez les francophones du Québec. On le trouve chez toutes sortes de créateurs. En sciences humaines, on s’intéresse de plus en plus à ce qu’il a représenté et continue de représenter. Pourquoi ce renversement  ? Maurice Richard, durant les années 1970, devient une gloire nationale. Il est dorénavant beaucoup plus que le simple symbole de la réussite dans un domaine spécialisé, le sport professionnel  ; on le considère comme le porte-parole par excellence de ceux qui viennent de se désigner non plus comme Canadiens français, mais comme Québécois. Cette transformation se produit précisément au moment où apparaît au Québec une nouvelle forme de nationalisme, qui sera incarnée par le Parti québécois. Ce nouveau nationalisme se cherche des précurseurs et des modèles  : Maurice Richard en est un.

Contrairement aux stars d’aujourd’hui, Maurice Richard n’a jamais gagné de sommes mirobolantes comme joueur  ; au moment de sa retraite, son avenir financier n’était pas assuré. Il a fallu se mettre au travail.

Son ancienne équipe lui avait offert un poste, qu’il a finalement quitté avec fracas  : on ne le consultait pas sur les décisions sportives, déplorait-il. Une décennie plus tard, il sera entraîneur des Nordiques de Québec, dans l’Association mondiale de hockey, durant… deux matchs  ! Son avenir ne sera pas sportif.

Richard sera très présent dans le monde de la publicité. On a pu à de nombreuses reprises le voir en vendeur de bière. Il a fait campagne pour la Molson et pour la Dow, et il sera brièvement propriétaire de la Taverne 544 / 9 / Maurice Richard, boulevard Saint-Laurent à Montréal. Il a aussi prêché les mérites de la pêche (fils de canne à pêche Clipper, Club de pêche La Barrière), du mazout (pour S. Albert & Cie., puis pour Ultramar), de l’électronique («  Maurice Richard TV. Capri électronique. Ventes & services  »), de l’acier (pour la Lougee Steel Corporation), de l’assurance-vie (pour Equitable Life et pour Prudential Life) et des véhicules de Jarry Automobile.

Vieillissant, il change de créneau. Il vante sur les ondes de la télévision la lotion capillaire Grecian Formula 16. Il devient porte-parole de Coca-Cola et de la compagnie Air Canada et de son programme de fidélisation, Aeroplan, mais également celui d’un vaccin contre l’influenza, le Fluviral, et de la Banque nationale du Canada. Trente ans après sa retraite, son visage orne, en pleine page dans les journaux montréalais, une publicité pour les voitures BMW, lui qui conduisait de grosses américaines. Il a sa carte téléphonique, gracieuseté de Bell Canada. Enfin, le bon grand-père qu’il est devenu distribue aux petits des bonbons «  Sour Punch Caps  ».

C’est au début des années 1980, enfin appuyé d’un agent qui veille à ses intérêts, que Richard rentabilise enfin son image.

Un avant-dernier adieu

Le 11 mars 1996, un dernier match de hockey était disputé au Forum de Montréal, sur la rue Sainte-Catherine Ouest, à l’intersection de l’avenue Atwater  ; dans les jours qui suivirent allait être inauguré le nouveau complexe sportif où se dérouleraient dorénavant les matchs des Canadiens, le Centre Molson, devenu depuis le Centre Bell. Après le match, une cérémonie, scénarisée par Réjean Tremblay et mise en scène par Denis Bouchard, avait été organisée pour marquer le passage d’un lieu à l’autre. Devant environ 18 000 spectateurs, dont plus de 1 500 debout, des joueurs du présent et des joueurs d’hier se passaient de la main à la main le flambeau incarnant la tradition des Flying Frenchmen, selon l’expression longtemps utilisée pour marquer à la fois le caractère ethnique (Frenchmen) et la spécificité (la rapidité  : Flying) de l’équipe. Parmi ces joueurs du passé, il y en avait qui seraient appelés, un jour, à faire partie des «  fantômes du Forum  ». Dans le discours de presse qui a suivi l’événement, on a beaucoup insisté sur le caractère familial de la cérémonie  : «  Les Glorieux  », d’hier à aujourd’hui, formeraient une grande famille, et des familles se seraient réunies au Forum pour marquer la fin de son utilisation comme aréna. Au sein de ces familles, un patrimoine serait transmis, un passé commun fait d’images continuellement reprises, de figures connues, de faits d’armes transmis de génération en génération, d’expressions toutes faites. C’était cela le Forum  : la foule, le flambeau, les fantômes, la famille, la filiation.

Au cours de la cérémonie, Maurice Richard faisait partie des joueurs appelés à se passer le flambeau. Il est présenté par Richard Garneau, le maître de cérémonie de la soirée, comme «  le cœur et l’âme du Forum  ». Il reçoit une ovation nourrie. Le quotidien montréalais La Presse dit, le lendemain, qu’elle aurait duré «  tout près de sept minutes  », ce que semblent corroborer des images disponibles sur YouTube. Par la suite, cette durée variera considérablement selon les sources  : huit minutes, neuf, dix, onze, quinze, seize, voire vingt (chez Bob Bissonnette, dans sa chanson «  J’accroche mes patins  » en 2012). Maurice Richard, qui ne sait plus où se mettre, pleure, et ses admirateurs avec lui, ceux qui l’ont vu jouer autant que ceux qui n’ont qu’entendu parler de lui (la majorité), en famille.

Récits funéraires

Maurice Richard meurt le 27 mai 2000. Veuf depuis 1994 de Lucille Norchet, il laisse sept enfants.

Aussitôt cette mort connue, les partisans endeuillés se cherchent des points de ralliement. Le Forum de Montréal, où Richard a passé toute sa carrière, en cours de transformation en Centre Pepsi, ne fait pas l’affaire pour ces pleureurs de la première heure, pas plus que le Centre Molson, le nouvel aréna des Canadiens de Montréal, jugé trop impersonnel. Quelques-uns fileront à l’Hôtel-Dieu, où Richard est mort, mais le lieu est trop peu associé au joueur pour pouvoir convenir. On est en quête d’un lieu symbolique susceptible de regrouper le plus grand nombre. Autrement dit  : où se recueillir  ?

Ce sera devant la maison de Richard, rue Péloquin, dans le nord de la ville de Montréal. On y déposera des souvenirs, des fleurs et des messages d’adieu. Les enfants sont nombreux à venir  : «  Ça fait déjà plus de 9 ans qu’on habite près de chez vous, nous vous avons toujours admiré. Malheureusement, votre départ nous laissera un grand vide dans notre cœur québécois.  » C’est un proche, parfois un voisin, que l’on pleure.

Mais tout le monde ne sait pas où habitait Maurice Richard. On se réunit alors à l’aréna qui porte son nom, lui aussi situé à Montréal, et devant la statue qu’on y trouve. Des gens de toutes générations et de toutes origines vont y offrir un tribut à leur héros. On revêt le joueur de bronze du drapeau fleurdelisé du Québec et d’une écharpe aux couleurs des Canadiens. On laisse à ses pieds des fleurs, des dessins, des photos, des collages et des objets bigarrés (rondelle de ruban adhésif, chandelle, cigare, bâton de hockey). On lui confie des messages  : «  Il y a un être cher / de moins sur la terre / Mais… il y a une / étoile de plus au ciel. / Maurice CH #9.  » Dans ces messages, l’emploi du prénom et le tutoiement sont monnaie courante  : «  À Dieu mon grand. On t’aime  »  ; «  Maurice. On dit pas adieu à un homme comme toi. On dit salut  !!!  »  ; «  Ton souvenir est comme un livre bien aimé, qu’on lit sans cesse et qui jamais n’est fermé. Merci Maurice 9  »  ; «  Tes bras meurtris ont porté le flambeau. Maintenant, ils peuvent se reposer  »  ; «  Au Rocket, sois heureux et veille sur moi.  » Les passants échangent leurs souvenirs du Rocket, entre eux ou pour les journalistes. On vient même prier. Cet autel improvisé, comme celui de la rue Péloquin, n’est soumis à aucune des contraintes protocolaires des autres lieux, officiels ceux-là, qui serviront au culte de Maurice Richard.

Le 30 mai 2000, de 8 heures à 22 heures, le corps de Maurice Richard est exposé en chapelle ardente au Centre Molson de Montréal. Ce centre sportif a remplacé le Forum en 1996 et Richard n’y a jamais joué, mais il est devenu le «  domicile  » des Canadiens et, à ce titre, il s’imposait comme lieu de recueillement. Le cercueil reposait sur la surface de jeu. La mise en scène insistait sur la solennité de l’événement. La famille de Richard se tenait près du cercueil. Deux affiches géantes représentaient le Rocket  : l’une, en noir et blanc, était une photo ancienne qui mettait en valeur le regard du joueur  ; l’autre, en couleurs, montrait Richard revêtu du chandail rouge des Canadiens, le chandail numéro 9, un flambeau à la main. La bannière bleu-blanc-rouge rappelant que le numéro 9 de Maurice Richard avait été retiré et que plus personne ne pouvait le choisir parmi les joueurs des Canadiens avait été ramenée des cintres à la hauteur de la patinoire. La musique d’ambiance était classique. Plus de 115 000 fidèles auraient défilé devant le cercueil ouvert de l’idole du lieu. Ils pouvaient laisser un témoignage en signant un registre installé dans un chapiteau situé près du Cours Windsor, à côté du Centre Molson.

L’ensemble des registres disposés sous ce chapiteau n’a pas été rendu public, mais une anthologie a paru en 2008, Maurice Richard. Paroles d’un peuple. Pour saisir la familiarité ressentie par le public envers Richard, il s’agit d’un document essentiel. S’y élabore une triple représentation du joueur  : la transmission mémorielle est une transmission familiale, de père en fils ou en petit-fils  ; cette transmission s’incarne dans un objet, le flambeau que se passeraient les partisans de génération en génération  ; mort, Richard peut rejoindre un groupe très sélect, celui des «  fantômes du Forum  », les esprits des anciens joueurs des Canadiens de Montréal qui aideraient, dans l’ombre, les joueurs venus après eux.

Le 31 mai, ce sont ses funérailles.

Il s’agit de funérailles nationales, célébrées en la basilique Notre-Dame de Montréal. De 1996 à 2004, cinq autres personnalités auront eu droit à ce type de funérailles au Québec. Avant lui, le poète et éditeur Gaston Miron (le 21 décembre 1996) et le ministre et psychiatre Camille Laurin (le 16 mars 1999). Après lui, le peintre Jean-Paul Riopelle (le 18 mars 2002), le syndicaliste Louis Laberge (le 24 juillet 2002) et l’éditorialiste et ministre Claude Ryan (le 13 février 2004). Deux créateurs (un homme du livre et un peintre, auquel on a comparé Richard), deux ministres (un indépendantiste et un fédéraliste, Laurin et Ryan), un homme d’action qui se présentait comme un homme du peuple (le surnom de Laberge était Ti-Louis)  : fruit du hasard, le voisinage n’en définit pas moins l’homme Maurice Richard avec assez de justesse, jusque dans ses contradictions.

Le convoi funéraire parvient à la basilique après avoir emprunté la rue Sainte-Catherine, celle de l’ancien Forum. Environ 3000 personnes sont admises dans la basilique. S’y côtoient la famille et les ex-coéquipiers, les politiques et les médiatiques. À l’extérieur, sur la place d’Armes, la cérémonie est visible sur écran géant. L’office est célébré par le cardinal Jean-Claude Turcotte. Un des amis de Maurice Richard, Paul Aquin, un de ses neveux, Stéphane Latourelle, et un de ses fils, Maurice Richard fils, s’adressent au public. On lit deux passages de la bible. Le premier provient de la seconde lettre de saint Paul Apôtre à Timothée (4, 7-8). S’y mêlent la fierté de s’être toujours battu et la confiance en une récompense à venir  : «  Je me suis bien battu, j’ai tenu jusqu’au bout de la course, je suis resté fidèle. Je n’ai plus qu’à recevoir la récompense du vainqueur […].  » Le second est tiré de l’Évangile selon saint Jean (14, 2-3)  : «  Je pars vous préparer une place […] je reviendrai vous prendre avec moi ; et là où je suis, vous y serez aussi.  » La chanteuse populaire Ginette Reno interprète, comme aux funérailles de son propre père, «  Ceux qui s’en vont, ceux qui nous laissent  »  : d’un père à l’autre, il n’y a qu’un pas. On joue du Fauré, du Gounod, du Franck, du Bach, des hymnes et des psaumes. Les huit porteurs sont d’anciens joueurs des Canadiens, retenus parce qu’ils avaient joué avec Richard  : Jean Béliveau, Henri Richard, Elmer Lach, Émile Bouchard, Ken Reardon, Kenny Mosdell, Dickie Moore, Gerry McNeil. Le tout est retransmis par la majorité des télévisions francophones québécoises et quelques anglophones. L’Assemblée nationale a suspendu ses débats et les drapeaux sont en berne.

De l’Est de Montréal (l’aréna Maurice-Richard) au Nord (sa maison), comme du centre-ville (le Centre Molson) au Vieux-Montréal (la basilique Notre-Dame), on retiendra que Maurice Richard a réuni, dans les derniers jours de mai 2000, des centaines de milliers de personnes, des millions si l’on ajoute à cela les reportages journalistiques, radiophoniques, télévisuels, numériques. Les rares voix discordantes qu’on a pu entendre n’avaient en général rien à reprocher à Richard, mais elles déploraient, avec plus ou moins de retenue, l’unanimisme du discours entourant sa mort et la place que ce discours occupait dans l’espace public. Il n’y en avait plus que pour le Rocket. On parlerait encore beaucoup de lui, mais jamais autant que durant ces quelques jours.

Un mythe québécois

Au-delà de ses succès sur la glace, Maurice Richard a aussi été, et reste, une icône culturelle, voire un mythe. Il a été l’objet de toutes sortes d’écrits  : des articles de périodiques et des textes savants, des biographies et des recueils de souvenirs, des contes et des nouvelles, des romans et des livres pour la jeunesse, des poèmes et des pièces de théâtre. On lui a consacré des chansons, des bandes dessinées, des sculptures, des peintures, des films et des émissions de télévision. Son visage a orné des vêtements, des jouets, des publicités. Des bières sont brassées en son honneur.

On a donné son nom à des lieux publics. À Montréal, Maurice Richard a droit à son aréna, dans l’Est de Montréal, qui a pendant quelques années hébergé un musée en son honneur. À son parc, voisin de l’endroit où il habitait, rue Péloquin, dans l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville. À son restaurant, le 9-4-10, au Centre Bell. À son étoile de bronze sur la promenade des Célébrités, rue Sainte-Catherine, à côté de celle de la chanteuse Céline Dion. (Il a aussi sa place sur le Walk of Fame du Madison Square Garden de New York et sur le Canada’s Walk of Fame de Toronto.) À cinq statues  : devant l’aréna qui porte son nom, à côté du Centre Bell, au rez-de-chaussée des cinémas AMC-Forum-Pepsi, dans le Complexe commercial Les Ailes, parmi les statues de cire du Musée Grévin. À sa murale, rue Fleury.

Statue de Maurice Richard au Centre Bell de Montréal
Source : Jeangagnon, Wikimedia Commons, CC SA 3.0.

Sur l’île de Montréal, la circonscription provinciale de Maurice-Richard a remplacé en 2016 Octave-Crémazie. Inauguré en 2019, le pont Samuel-de-Champlain aurait pu s’appeler du nom de l’ailier droit. Il y a un lac Maurice-Richard, dans la région de Lanaudière, au nord-ouest de Saint-Michel-des-Saints. Il y a le lac et la baie du Rocket près de La Tuque. Il y a une rue Maurice-Richard et une place Maurice-Richard, à Vaudreuil-Dorion, en banlieue de Montréal.

Le Canada n’est pas en reste. L’État fédéral a érigé une statue de Maurice Richard devant le Musée canadien des civilisations, devenu le Musée canadien de l’histoire, celui où a été montée en 2004 l’exposition, devenue itinérante depuis, «  Une légende, un héritage. “Rocket Richard”. The Legend — The Legacy  ». Il a émis un timbre à l’effigie du hockeyeur et il lui fait allusion sur les billets de banque de 5 $. On pouvait y lire ceci  : «  Les hivers de mon enfance étaient des saisons longues, longues. Nous vivions en trois lieux  : l’école, l’église et la patinoire  ; mais la vraie vie était sur la patinoire.  » Ce sont les premières lignes du conte «  Le chandail de hockey  » de Roch Carrier. Or ce chandail, c’est celui de Maurice Richard.

On peut encore mesurer l’importance de Richard pour ses concitoyens en s’attachant aux comparaisons dont il a été l’objet. Les éditions Grolier ont publié, au début des années 1980, une série d’ouvrages pour enfants dont les titres étaient «  Un bon exemple de X  », où X changeait de volume en volume. Ces ouvrages existaient en anglais et en français  : ils touchaient un vaste lectorat et ils avaient une forte visibilité. Celui sur Richard est Un bon exemple de ténacité. Maurice Richard raconté aux enfants (1983). Dans cette collection, «  L’une des belles histoires vraies  », sous la plume d’Ann Donegan Johnson, Richard côtoyait du beau monde  : Hans Christian Andersen, Beethoven, Alexander Graham Bell, Ralph Bunche, Cochise, Christophe Colomb, Confucius, Marie Curie, Charles Dickens, Terry Fox, Benjamin Franklin, Elizabeth Fry, Thomas Jefferson, Helen Keller, Paul-Émile Léger, Abraham Lincoln, les frères Mayo, Margaret Mead, Louis Pasteur, Jackie Robinson, Eleanor Roosevelt, Albert Schweitzer, frères Wright. Il y a là des créateurs élevés au rang de classiques  : Andersen, Beethoven, Dickens. Des figures du passé se rencontrent, ou se rencontrent de nouveau  : Colomb et Cochise, Confucius et Lincoln, Franklin et Jefferson. Les inventeurs et les scientifiques n’ont pas été oubliés  : Bell, Curie, les Mayo, Mead, Pasteur, Schweitzer, les Wright. Les Canadiens sont rares  : quand ils ne sont pas inventeurs (Bell) ou serviteurs du public (Léger), on les a retenus pour leurs prouesses physiques (Maurice Richard  ; Fox et sa tentative de traverser le Canada, lui à qui il manquait une jambe). Il y a peu de sportifs professionnels  : outre Richard, il n’y a que Jackie Robinson. Et il y a trois prix Nobel  : Ralph Bunche (prix Nobel de la paix en 1950 et athlète émérite), Marie Curie (deux fois nobélisée  : physique en 1903, chimie en 1911) et Albert Schweitzer (prix Nobel de la paix en 1952). Voilà qui vous exhausse.

Au moment de la mort de Richard, on va plus loin. Au jeu de l’allusion, un peu tout le monde y passe, de Jean Drapeau, l’ex-maire de Montréal, à Jean Chrétien, alors premier ministre du Canada, de la poétesse Anne Hébert au frère André, le premier Québécois canonisé. On compare Richard au cardinal Paul-Émile Léger et à d’autres grands Québécois du passé, mais de nouvelles analogies apparaissent. Presque aucun commentateur, avant qu’il ne meure, n’avait pensé à mettre en parallèle Richard et des hommes d’affaires comme J. Armand Bombardier, Pierre Péladeau, Paul Desmarais  : il serait l’égal de ces bâtisseurs d’entreprises. La comparaison avec le chanteur Félix Leclerc n’est pas nouvelle, ne serait-ce qu’à cause de la rencontre largement médiatisée entre les deux hommes, en octobre 1983 à l’île d’Orléans, sur les terres de Leclerc. Cette comparaison est fort fréquente au printemps 2000 et elle est souvent jumelée à une autre comparaison, plus neuve celle-là, avec l’ex-premier ministre du Québec René Lévesque. Richard aurait été l’égal, dans le sport, du chanteur et de l’homme politique, il aurait été comme eux un éveilleur et, par là, un précurseur. Maurice Richard aurait tracé le chemin.

Pour honorer les exploits des sportifs québécois, l’organisme Sports-Québec a créé un trophée. Elle a voulu du même coup honorer un des athlètes les plus (re)connus de l’histoire québécoise. Elle a nommé ce trophée le «  Maurice  ». Il n’est pas nécessaire de dire le nom de famille de ce Maurice-là.

Mais il n’y a pas que sur la glace et dans l’espace culturel et médiatique que Maurice Richard se distingue. Si l’on en croit un reportage paru en 1957, il pourrait faire… des miracles  : «  Le soir du 6 avril 1957, Richard compta quatre buts dont le quatrième a eu un retentissement considérable dans un hôpital de Québec. Suite à une crise cardiaque, un homme ne pouvait plus parler. Hospitalisé, en chaise roulante, il se fait installer devant la télé avec d’autres malades. Au quatrième but du Rocket, notre patient lâche un cri qui fait frémir l’hôpital. Le voilà guéri  : il a recouvré l’usage de la parole.  » On va donc à l’occasion jusqu’à attribuer des dons de guérisseur à Maurice Richard, par l’entremise de la télévision. Dans un lieu du monde où le hockey serait, dit-on, une religion, Maurice Richard est un thaumaturge.

Quand on analyse la carrière sportive de Maurice Richard et sa transformation en mythe national, une conclusion s’impose  : il n’est pas possible de vivre aujourd’hui au Québec sans connaître le nom de Maurice Richard.

N.B. Ce texte reprend, réorganise, réécrit des passages de plusieurs de mes publications antérieures, notamment Les yeux de Maurice Richard. Une histoire culturelle (1re édition, 2006), «  Maurice Richard, 2e partie  : le mythe  » (2009), «  “Notre père le Rocket qui êtes aux cieux”. Les religions de Maurice Richard  » (2009), «  Maurice Richard  : le récit journalistique de la mort d’un mythe sportif  » (2015) et «  Un “mythe bien de chez nous”  : Maurice Richard  » (2019). D’autres textes condensés ici ont paru sur mon blogue, L’Oreille tendue (http://oreilletendue.com/).

_ En savoir plus

  • Carrier, Roch, Le chandail de hockey, Montréal, Éditions Petit homme, 2019. Édition originale  : 1979.
  • Carrier, Roch, Le Rocket. Biographie, Montréal, Éditions internationales Alain Stanké, 2009. Édition originale  : 2000.
  • Daoust, Paul, Maurice Richard. Le mythe québécois aux 626 rondelles, Paroisse Notre-Dame-des-Neiges, Éditions Trois-Pistoles, 2006.
  • Foisy, Michel et Maurice Richard fils, Maurice Richard. Paroles d’un peuple, Montréal, Octave éditions, 2008.
  • Foran, Charles, Maurice Richard, Toronto, Penguin Canada, 2011.
  • Gravel, François, Le match des étoiles, Montréal, Québec/Amérique jeunesse, 1996.
  • Martel, Jean-Patrice, Raconte-moi Maurice Richard, Montréal, Éditions Petit homme, 2019.
  • Melançon, Benoît, Les yeux de Maurice Richard. Une histoire culturelle, Montréal, Fides, 2012. Édition originale  : 2006. Traduction anglaise  : 2009.
  • Pellerin, Jean-Marie, Maurice Richard. L’idole d’un peuple, Montréal, Éditions Trustar, 1998. Édition originale  : 1976.
  • Posen, I. Sheldon, 626 par 9. Une énumération chronologique des buts marqués par Maurice « Rocket » Richard en photos, statistiques et récits, Gatineau, Musée canadien des civilisations, 2004.

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